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Quel regard sur la presse malienne d'aujourd'hui ?


Le Ministre Seydou TRAORÉ fait un diagnostic approfondi de la PRESSE MALIENNE. Aussi, dégage-t-il des pistes de solutions pour un véritable professionnalisme.


Un des acquis indéniables du soulèvement populaire de Mars 1991 est la liberté d'expression, celle qui permet aujourd'hui aux révisionnistes de rejeter en bloc l'avènement de la démocratie, c'est-à-dire jeter l'eau du bain avec le bébé. Ils sont nombreux ceux qui se sont bâtis une notoriété grâce à cette liberté d'expression travestie pour leurs intérêts personnels, tant ils sont passés maîtres dans la désinformation et la délation, toutes choses contraires à la déontologie du métier d'informer.


Sans faire l'histoire de la presse malienne que je laisse à plus expert que moi dans ce domaine, j'ai noté que peu avant les événements de mars 1991, les premiers journaux nés de la contestation  politique ciblaient principalement les faits de gouvernance et créaient un éveil de conscience à l'action politique de contestation de l'ordre établi. Il n'y avait aucune analyse politique et géopolitique, ni géostratégique, juste mettre à nue les travers de la gestion des affaires publiques par le régime en place. En somme des informations maliano-maliennes ! À l'époque déjà, l'ordre néo libéral, à travers la Banque Mondiale et le FMI se consolidait par des réformes structurelles désastreuses dont nous vivons aujourd'hui les conséquences. L'irrédentisme touareg renaissait avec des revendications identitaires justes qui n'ont pu être comprises et rapportées par la presse à l'opinion nationale. La conséquence, c'est la CMA aujourd'hui.


Aujourd’hui, rien n'a changé dans cette tendance lourde de la presse malienne et des acteurs qui l'animent. Je ne suis pas au courant d'un journal ou d'une revue d'investigation ou de prospectives malgré la situation particulière que vit le Mali, au cœur des enjeux Géopolitiques et Géostratégiques mondiaux. Il est inconcevable, qu'à ce jour aucun journaliste n'ait été en reportage au Libye, source du désordre au Mali, au Tchad, pour enquêter sur l'avis des tchadiens sur la présence militaire Tchadienne au Mali, dans le septentrion malien auprès des militaires maliens et des forces étrangères. Au lieu de cela, chaque DirPub, s'est choisi un service public, une institution, un parrain pour encenser ou décrédibiliser !


Aujourd’hui, la presse malienne est riche du nombre de parutions, mais immensément pauvre de la qualité et de la diversité des informations mises à la disposition du public. Les difficultés auxquelles la presse fait face ne justifient pas cette posture intellectuelle paresseuse et attentoire à la déontologie du métier. Au Mali, il est aussi évident que les propriétaires de presse, à titre individuel ou personne morale, ne sont pas aidés non plus par un environnement caractérisé par une apathie légendaire à la lecture de façon générale et des journaux en particulier. Les réseaux sociaux sont venus ébranler le fragile fondement de cette presse naissante.


Pour ma part, la presse malienne est largement en deçà de ce qu'on attend d'elle ! La situation actuelle du Mali nécessite des contributions d'experts pour faire comprendre à l'opinion nationale et internationale les points de vues divers et variés des maliens, les questions en partage avec les voisins du Mali, les bases juridiques de la présence de la MINUSMA au Mali et la stratégie de néo colonisation de la France à travers l'épouvantail Djihadistes. Montre créé de toute pièce et qui échappe à ses maîtres. Quel silence honteux devant le massacre de Bounty par Barkhane ! Quelle honte pour la presse malienne, qui a la date d'aujourd'hui ne nous a fourni aucune explication plausible sur l'embrasement de la région de Mopti ! Quel mutisme humiliant devant l'attitude arrogante de Macron qui reconnaît la responsabilité de la France dans le désordre créé au Sahel par l'acte irresponsable de la première institution française ! Quel écart de perception et d'acuité entre la presse malienne et la jeunesse malienne et Panafricaine au sujet du FCFA et de la présence militaire française au Mali et en Afrique ! La France vit de l'Afrique et non le contraire, sans l'Afrique, la France serait à peine la dixième puissance économique mondiale ! Et bien d'autres sujets...


"Suivez Afrique Média, la télévision panafricaine, vous en prendrez sûrement de la graine !


A mon humble avis, la presse malienne devra son salut à un regain de professionnalisme, de strict respect de la déontologie et un courage qui refuse le mécénat de quelques politiciens ou individus qui se sont servis de la République et non la servir. Elle devra se diversifier avec des revues scientifiques, de l'art et de la culture, de la Géostratégie et de la géopolitique.


Les Dirpub doivent quitter leur confort de Bamako pour aller à l'investigation partout où se joue aujourd'hui l'avenir du Mali, à l'intérieur comme à l'extérieur. D'autres le font pour l'amour de leur métier et de leur patrie. Deux cas. Le premier est relatif à l'assassinat de Ghislaine Dupont et Claude Verlon, deux journalistes de Radio France Internationale (RFI) au Mali.

Aujourd'hui encore, rien n'est sûr à propos des événements du 2 novembre 2013 à Kidal, au nord du Mali, où Ghislaine Dupont et Claude Verlon, deux journalistes de Radio France Internationale (RFI) en mission, ont été enlevés puis assassinés par des hommes armés liés aux groupes extrémistes religieux d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) ? La version officielle de la France est contestée même en France, mais au Mali, nos dirpub n'en savent pas plus que ce dit RFI.


Le deuxième cas est  l'opération Serval, sur laquelle tout à été dit par d'autres, notamment par Isabelle LASSERRE et Thierry Oberlé, deux reporteurs de mérite du Figaro dans leur livre :

Notre guerre secrète au Mali: Les nouvelles menaces contre la France. Livre d'Isabelle Lasserre et Thierry Oberlé.


Isabelle LASSERRE est aussi l'auteure de "L'Impuissance française (1989-2007): une diplomatie qui a fait son temps (Flammarion, 2007).


Voilà deux cas où la presse malienne a brillé par sa seule capacité à écouter RFI et France 24 pour transcrire les informations, sans analyse géopolitique. Aucun militaire français, aucun diplomate français n'est passé devant le jury des Dirpub ! À l'instar d'autres, ils sont dans les bureaux climatisés à Bamako, loin de la fournaise ou se crée l'information. Nous consommons français, malgré le nombre de publications au Mali et de Dirpub chevronnés formés dans les meilleures écoles de journalisme.


Il est juste demandé à la presse malienne de se soucier peu de paraître mesurée pour la "communauté internationale", mais être au service du Mali et de l'Afrique.



Seydou Traoré,

ancien ministre, chevalier de l'ordre nati