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Le panafricanisme ou le rêve culturel d’unité africaine.



Dans sa configuration raciale, le panafricanisme s’est matérialisé par une lutte, puis une revendication de l’égalité de traitement entre les peuples de couleur noire et les peuples de couleur blanche.


Le panafricanisme peut être défini comme l’idéologie de la démocratie et des droits de l’homme dans un cadre fédéral africain, visant ainsi à réaliser le gouvernement des Africains par les Africains pour les Africains, en respectant les minorités raciales et religieuses qui désirent vivre en Afrique avec la majorité noire. Ce postulat fut celui porté par bien d’hommes et de femmes d’Afrique et des diasporas africaines, avant, pendant et après l’accession groupée des pays africains à l’indépendance. Et il importe d’en faire un check-up, au lendemain des 51 ans de l’ex-Oua, l’actuelle Union africaine (Ua). Le panafricanisme fut d’abord racial, culturel, et a reçu une réelle expression politique à partir des années cinquante.

Le terme «panafricanisme» aurait été prononcé pour la première fois en 1900, lors d’une conférence à Westminster Hall à Londres, convoquée par Henry Sylvester Williams, avocat de Trinidad inscrit au barreau de Londres, afin de protester contre la spoliation des terres coutumières d’Afrique australe et la Gold Coast (actuel Ghana) par les Européens. Nous pouvons ainsi considérer que le panafricanisme avait à son origine une dimension raciale puisque ses premiers leaders étaient issus de la diaspora noire et revendiquaient l’égalité de traitement entre les Noirs et les Blancs. S’étendant aux Antilles, puis en Afrique, le mouvement prit rapidement une dimension culturelle. A cet égard, l’arrivée du Dr Kwame Nkrumah dans les tribunes panafricaines marquait une étape fondamentale dans l’évolution du mouvement. Ce dernier avait un rêve, qu’il ne cessa de promouvoir tout au long de sa vie, celui de l’unité africaine. Dans sa configuration raciale, le panafricanisme s’est matérialisé par une lutte, puis une revendication de l’égalité de traitement entre les peuples de couleur noire et les peuples de couleur blanche. Des poètes et écrivains de la Négritude, sous la houlette des Senghor, Césaire et Damas prennent le relais des polémistes tel que Marcus Garvey et William Dubois. Marcus Garvey, né en 1885 en Jamaïque et William Edward Burghart Dubois né en 1868 près de Boston, furent les principaux promoteurs du nationalisme africain et du panafricanisme dans sa dimension raciale, sur fond culturel. Marcus Garvey voulait réagir au racisme blanc en lui opposant un front commun noir. En 1920, il lançait au Liberty Hall de New York, une “Déclaration des Droits des Peuples Nègres du Monde”, programme de 54 points préconisant notamment le retour de tous les Noirs en Afrique. Il créa dans ce but une compagnie maritime, la Black Star Line, mais sa société fit faillite. La virulence de ses propos et sa démagogie le heurtèrent à l’hostilité des intellectuels et bourgeois noirs, qui le considérait comme un ennemi de la race noire. Son emprisonnement pour escroquerie mît fin à ses projets.


Les congrès panafricain Le premier Congrès panafricain fut tenu à Paris en 1919. Cinquante-sept délégués noirs de plusieurs colonies africaines, ainsi que des Etats-Unis et des Antilles furent présents et confrontèrent leurs problèmes communs. Le Dr Dubois y réclama de droit des Noirs à disposer d’eux-mêmes conformément aux principes proclamés par le président américain de l’époque, Woodrow Wilson. Le 2e et le 3e Congrès panafricain se tinrent à Londres respectivement en 1921 et en 1923. 113 délégués étaient présents, loin de représenter vraiment l’opinion africaine. Une “Déclaration au Monde” fut rédigée par Dubois et publiée à la fin des travaux se bornant à réclamer la reconnaissance aux Noirs de droits égaux aux Blancs. Lors du Congrès de New York en 1927, les 208 délégués revendiquaient le droit pour les Africains de faire entendre leur voix auprès des gouvernements qui dirigeaient leurs affaires et le droit d’accéder à la terre d’Afrique et à ses ressources.


De la véritable dimension culturelle du panafricanisme C’est dans des réunions tels les congrès des écrivains et artistes noirs, les festivals des arts nègres, et au sein d’organismes comme la Société africaine de culture, que la notion de négritude, expression littéraire du panafricanisme, s’est affirmée. Éclairant les notions d’indépendance et de panafricanisme, la négritude se manifesta comme le refus d’accepter les doctrines élaborées à l’extérieur. Le panafricanisme devint alors un mouvement de résistance contre l’assimilation culturelle, le communisme, la colonisation et par conséquent un mouvement d’autodéfense de la civilisation négro-africaine. Peu de temps après la Conférence de Bandoeng (18-24 avril 1955), proclamant le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ainsi que la politique de non-alignement, l’équipe intellectuelle de Présence Africaine, animée par Alioune Diop, organisait en 1956 à Paris, le 1erCongrès international des écrivains et artistes noirs. L’universalité de la culture noire, ainsi que le rayonnement de la “ Personnalité africaine ” y furent soulignées. A cet égard, Léopold Sédar Senghor énonçait : “ (…) si l’Europe commence à compter avec l’Afrique, c’est parce que sa culture, sa musique, sa danse, sa littérature et sa philosophie traditionnelles s’imposent, désormais au monde étonné. ” Le 2e Congrès des écrivains et artistes noirs tenu en 1959 à Rome, insistait sur les thèmes d’indépendance et d’unité africaine. En 1966 à Dakar, en 1969 à Alger et en 1974 à Lagos, le Festival des arts nègres consacrait la notion de “ négritude ”, qui est le refus de l’assimilation et l’affirmation de l’identité des valeurs culturelles négro-africaines et de leur apport à la civilisation du monde. Léopold Sédar Senghor, Cheick Hanta Diop et Aimé Césaire, (notamment Cahier d’un retour au pays natal et Discours contre le colonialisme), furent les plus fervents animateurs de la négritude, qui prit une dimension universelle dont le rayonnement s’étendit dans les milieux européens puis américains.

D’autre part, le théoricien Georges Padmore avançait l’idée selon laquelle le réveil politique de l’Afrique n’a aucunement été influencé par le communisme, revendiquant l’antériorité des luttes africaines par rapport à la naissance de la politique mondiale de la Russie. Le 15 février 1960, dans la préface consacrée à l’ouvrage de Georges Padmore, Dorothée Padmore, son épouse, énonçait : «On s’aperçoit vite que la reconstruction de l’Afrique se réalisera plus efficacement sur la base continentale du moins dans le cadre de formations de groupes. Lorsqu’on l’aborde dans des limites purement nationales, on reconnaît qu’elle ouvrira la voie au gaspillage, au double emploi, à la concurrence hostile. L’unité panafricaine dans l’indépendance est implicite dans la montée de la Personnalité africaine». Cette phrase présageait le devenir politique, du panafricanisme. Dans les années 50-60, le panafricanisme prît un grand tournant ; c’est à ce moment qu’il pût réellement se définir comme une idéologie, au service de la libération du joug colonial et simultanément de la construction de l’unité de l’Afrique, tant politique et économique que culturelle.


Ces musiciens, chantres de l’unité africaine ! Sans prétendre être exhaustif, une saisie synchronique de ces dernières soixante ou soixante-dix années permet de faire référence à des musiciens et chanteurs dont les noms riment avec unité africaine. Joseph Kabasellé (Grand Kallé), un des précurseurs de la musique des deux Congo, compositeur de la célèbre chanson Indépendance cha-cha, fait office de figure proue. L’influence de cet artiste demeure considérable dans la musique africaine contemporaine. Joseph Kabasellé marquera la rumba congolaise avec un autre grand, Nico Kassanda alias « Docteur Nico », certainement le plus talentueux des guitaristes de l’histoire de la rumba des deux Congo. C’est En 1953 que Joseph Kabasellé crée à Léopoldville – alors capitale du Congo-belge -, le groupe African Jazz. C’est ce groupe qui allait inspirer plusieurs orchestres du continent africain… Avec en point de mire l’unité musicale de ce continent. Il faut souligner qu’une partie de la musique africaine est redevable aux instruments apportés par les marins lors de la période coloniale. Ainsi, le courant musical High life, dont les premiers balbutiements remontent aux années vingt sur la Gold Coast, est une fusion du jazz et de l’Osibi (danse à base de percussions des Akan). L’Histoire politique est plus que présente, surtout la période sombre de l’apartheid, avec Myriam Makeba, figure emblématique du continent contrainte à l’exil, ou encore la musique de libération nationale du Zimbabwéen Thomas Mapfumo et la vague de nationalisme venant de la Guinée, représentée par le très célèbre groupe Bembeya Jazz. Les rythmes que l’on peut classer dans sous les rubriques “Racines” et “Le sel de la terre” s’ouvrent à de nouvelles expérimentations mais restent rattachés au Continent: le Nigérian Fela Kuti excelle avec l’Afro-beat ; l’Ivoirien Alpha Blondy témoigne de la vitalité du reggae en Afrique ; le Malien Ali Farka Touré est très proche du blues, avec sa guitare-calebasse-njarka ; le Sénégalais Doudou Ndiaye Rose est l’initiateur du premier grand groupe de percussionnistes d’Afrique ; son compatriote Youssou Ndour se fait chantre du Mbalaax ; Rakoto Frah, pour sa part, puise dans l’identité musicale malgache, tandis que le Réunionnais Grand Moun Lélé fait du maloya “Comme on respire”.


Militantisme, multiculturalisme World music Durant la tumultueuse période de mai 1968 en Europe, deux grands noms du Continent se trouvent en Europe : le Camerounais Francis Bebey et le Gabonais Pierre-Claver Akendengué. Les deux artistes ont largement contribué au processus de la reconnaissance de la musique africaine hors des frontières du continent. On peut oser de les qualifier, d’ailleurs, de “métropolitains”, mieux encore “d’enfants de la négritude” car, derrière l’entreprise artistique se dessine un militantisme proche des fondateurs de la négritude. Francis Bebey utilisait la plupart des instruments à sons de l’Afrique centrale, puisait dans les mythes africains pour composer ses chansons. Akendengué a signé un des albums les plus ambitieux de la World music intitulé “Lambarané” et dont le travail avait nécessité cent cinquante musiciens et choristes, six mois de préparation, trois mois de studio… L’immigration africaine a-t-elle installé une vogue des musiques noires ? Il faut souligner que dans les années 80, beaucoup de courants musicaux s’essoufflant, les medias étaient à l’affût de la nouveauté et se faisaient alors “les propagandistes de l’idée d’une société multiculturelle”. Le groupe Touré Kunda, par exemple, bénéficiera de l’intérêt de la presse pour rencontrer un public de plus en plus sensible aux musiques africaines. Ce phénomène de l’industrie musicale européenne attentive aux musiques africaines préfigurera ce qu’on appellera plus tard la World music… Laissant tomber, de façon ostensible, le leitmotiv du panafricanisme pour celui de l’universalisme.

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