Covid-19 : la chute des chefs d’état africains programmée par Macron ?



Depuis le début de la pandémie de Covid-19, l'Afrique est la partie du monde la moins touchée par ce virus. Comment et pourquoi ce continent de plus d'un milliard deux cent millions d'habitants est-il parvenu à déplorer moins de morts en 8 mois que la France qui n'en compte que 67 millions ?


Alors que de nombreuses prévisions alarmistes pour l'Afrique circulaient au début de la pandémie de Covid-19, force est de constater que c'est exactement l'inverse qui s'est produit. Quand l'Europe et l'Amérique du Nord font face à une deuxième et troisième vague de l'épidémie — avec des taux de contagions très élevés dans leurs population menant à des saturations de leurs systèmes hospitaliers — l'Afrique, n'est que très peu touchée.


Pourtant, les experts français du Quai Dorsay promettaient le pire aux Etats africains, dans une missive diplomatique française émanant du Centre d’analyse et prospective stratégique (CAPS), et diffusée en date du 24 mars sous le titre : « “L’effet pangolin” : la tempête qui vient en Afrique ? ».


L’auteur est formel : en Afrique, francophone notamment, « l’État va faire massivement la preuve de son incapacité à protéger ses populations. Cette crise pourrait être le dernier étage du procès populaire contre l’État, qui n’avait déjà pas su répondre aux crises économiques, politiques et sécuritaires ». Des « transitions » s’imposeraient alors.


« Le Covid-19 a deux dimensions économiques spécifiques sur le continent, précise l’auteur du texte. En Afrique de l’Ouest, les mesures de confinement saperont l’équilibre fragile de l’informel, économie de survie quotidienne essentielle au maintien du contrat social. En Afrique centrale, le choc pourrait précipiter la crise finale de la rente pétrolière au Cameroun, au Gabon et au Congo-Brazzaville (effondrement d’un prix du baril déjà en crise avec la demande (...)), là aussi au cœur des équilibres sociaux. Dans les deux cas, cela pourrait constituer le facteur économique déclencheur des processus de transition politique.


De nombreuses chutes programmées


Second temps de l’argumentaire, l’auteur décrit la dynamique d’« un virus politique ». Les villes sont les potentiels épicentres de crises, rappelle-t-il. Au bout de quelques semaines — certainement assez rapidement —, la question du ravitaillement des quartiers va se poser sous trois formes : l’eau, la nourriture et l’électricité. Des phénomènes de panique urbaine pourraient apparaître : elles sont le terreau sur lequel se construisent les manipulations des émotions populaires. Cette recette fait le lit d’entreprises politiques populistes. Ce sont les classes moyennes en cours de déclassement qui seront les premières fragilisées, car leur quotidien risque de s’effondrer ».


« le discrédit qui frappe les paroles institutionnelles » pourrait s’amplifier : « L’information se recompose déjà par le bas, en marge des informations publiques via les réseaux sociaux (...). Faute de parole publique crédible, les thèses complotistes commencent déjà à fleurir et s’ajoutent aux simples fausses informations pour participer d’une perte de contrôle des opinions publiques », pouvait-on lire.


Le document anticipe les conséquences de cette « perte de crédit des dirigeants » africains. Quatre acteurs sont identifiés comme susceptibles de convoquer « le répertoire de la morale publique » face à la « faillites des gouvernants ». Les « autorités religieuses », d’abord, dont certaines « pourraient vouloir défier l’ordre public pour imposer le leur dans ce moment de faiblesse de l’État ; les « diasporas » africaines, ensuite, qui d’Europe, se donneront « un devoir d’information civique » en diffusant « des informations fiables lues et diffusées sur le Covid à travers l’Afrique francophone » ; puis les « artistes populaires » qui sont souvent « des autorités morales crédibles » et « façonnent les opinions publiques ». Enfin, dernier acteur identifié, les « entrepreneurs économiques » et autres « businessmen néolibéraux » qui « riches et globalisés » se « positionnent comme les philanthropes du continent ». Ces individus puissants « peuvent jouer un rôle s’ils décident d’engager leurs moyens ou de se poser en intermédiaires entre le système de gouvernance mondiale et l’Afrique ». Dans tous les cas, « ils souligneront la faillite de l’État ».


« Anticiper le discrédit des autorités politiques signifie accompagner en urgence l’émergence d’autres formes d’autorités africaines crédibles pour s’adresser aux peuples afin d’affronter les responsabilités de la crise politique qui va naître du choc provoqué par le Covid-19 en Afrique... et sans doute ailleurs », soutient-il.

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