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Cameroun: une diplomatie des ordures pour la ville de Douala ?



La ville de Douala offre à la vue un paysage marqué par des encombrements d’ordures sur les trottoirs, les alentours des maisons d’habitation, le long des rues et ruelles. Côté ressenti, des odeurs incommodantes, une chaleur déconcertante, une sensation d’être sali à la traversée des tas d’immondices. Les populations qui expriment toutes ces plaintes admettent elles-mêmes être responsables de ces désagréments, notamment le déversement volontaire d’ordures dans les rues, les caniveaux et en même le sol, l’abandon de la collecte par les agents accrédités pour la cause. A l’abattoir de porcs de Ndokoti, le sang des animaux déversé dans les rigoles en bordure de route dégagent des odeurs insupportables pour les commerçants et les passants.



Au marché Mboppi, c’est les odeurs des urines autour du bac poubelle, le long du mur de la gendarmerie coté arrêt taxi qui accueillent les passagers. Malgré la présence d’une toilette publique, les populations préfèrent uriner sur le trottoir. Dans les marchés de la ville tel que Tonnerre, Missokè chefferie, Bonamoussadi et bien d’autres, les immondices gagnent les espaces marchands, divisent la chaussée au profit du passage piéton et causent des bouchons aux véhicules, aux engins à deux et trois roues.



Dr Ndewe André Armand, que nous avons abordé en plein chantier de zonage des impacts des eaux usées dans la zone industrielle de Bassa, nous confie que « les fonderies installées à Dibom I déversent leurs résidus industriels dans les ruelles aux alentours des usines et maisons d’habitation, évacuent les produits de refroidissement, avec des solvants et diluant. On voit également les ménages dans cette zone vidanger leurs eaux de fosses septiques dans les caniveaux… ». Il explique précisément que ces rejets libèrent dans la nature des polluants organiques persistants tels que le chlorofluorocarbone, le mercure, les radionucléides, une toxicité suffisante pour perturber l’intégrité physique des rivières comme le Ngoua, qui constitue un bassin versant très étendu dans la partie sud de la ville de Douala. Avec le phénomène de ruissellement des pluies, de telles pratiques anthropiques augmentent le degré de pollution des puits et des cours d’eau environnants. Au regard des risques liés aux décharges sauvages d’ordures, leur caractère polluant et encombrant qui occasionne des impacts sanitaires et environnementaux, ce Géographe nous fait dire que la mairie de la ville et les mairies des arrondissements de Douala ont promis organiser des campagnes de sensibilisation de proximité et des formations notamment sur le tri et la valorisation des déchets solides. Veiller à ce que les populations participent aux actions de nettoyage quotidien dénommé «jeudi-propre», que l’éducation à la salubrité soit instaurée comme activité para scolaire dans leurs arrondissements.


Sauf que depuis le début de cette année où les médias et les spécialistes décrient cette situation d’insalubrité, notre rédaction observe qu’aucune autorité, aucun opérateur de collecteur des ordures ne s’est prononcé devant la presse pour expliquer aux citoyens le statu quo de l’insalubrité, notamment le pourquoi les tas d’immondices s’accumulent dans les rues des villes du Cameroun, dans la capitale économique en particulier. Cette ironie du sort nous a cependant conduit à la signature par le Premier Ministre, du Décret 2023/04186/PM du 24 juillet 2023 portant répartition et reversement des recettes du droit d'assises spécial destiné au financement de l'enlèvement et du traitement des ordures au bénéfice des collectivités territoriales décentralisées. Songue Emma Marie Solange, Juriste et spécialiste des questions environnementales, nous confie qu’il s’agit d’un aboutissement du processus déclenché en décembre 2021 par l’administration de la douane camerounaise, sur la base du Code douanier de la CEMAC, lequel ordonne de prélever 1% sur la valeur de toutes les importations et de reverser les ¾ de cette valeur prélevée aux Collectivités Territoriales Décentralisées. Il revient simplement à ces CTD de présenter chacune pour sa part, son plan de gestion des ordures au FEICOM, organe de financement des communes. Pour cette juriste internationaliste, ce Droit d’Assises est une disposition nouvelle et juridiquement contraignante dans le secteur de la gestion des ordures ménagères qui vient emboiter le pas au Décret du 25 mars 1977 indiquant les bases juridiques de la coopération décentralisée et du Décret du 26 avril 2011 précisant les contours juridiques d’une telle coopération au Cameroun. Dr Songue Emma justifie ainsi comment les collectivités territoriales ont su saisir les opportunités de la diplomatie des villes, pour nouer des partenariats avec les pays du Nord en matière de gestion des déchets dans leurs différentes municipalités. C’est le cas des communes de Dschang et Mbalmayo, dont le Maire Beaudelaire DONFACK, se félicitant des résultats obtenus, confie à la rédaction de AMORCEqu’« après avoir construit la deuxième décharge municipale contrôlée camerounaise, la Commune de Dschang gère maintenant une unité de compostage des ordures ménagères. Nantes Métropole s’est impliquée financièrement et par la formation du personnel, via des échanges avec Kindia en Guinée et avec l’association nantaise Compostri. Avec le soutien de l’UE, cette unité traite 1000 tonnes de déchets par an. L’objectif (…) est d’atteindre 10000 t/an et l’autofinancement grâce à la vente du compost et aux crédits carbone».


Dans un contexte où les enjeux de développement durable s’imposent aux politiques publiques, la Mairie de la ville de Douala affirme avoir pris la pleine mesure inscrit dans l’axe n°3 de la Stratégie de développement de la ville de Douala et de son Aire Métropolitaine à l’horizon 2025. A propos de ce référentiel, ses missions consiste à désengorger les routes et les voies publiques, assurer le suivi de la gestion des déchets municipaux, tenir des dialogues périodiques avec les agents d’Hysacam. En perspective, l’expérience de la coopération décentralisée des municipalités de Dschang et Mbalmayo d’avec Nantes Métropole est un indicateur d’une possible diplomatie des ordures pour la ville de Douala.


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