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Cameroun / Culture africaine: Yaoundé accueille l’exposition Mémoria, récits d’une autre histoire



Une exposition consacrée aux femmes africaines dont les œuvres donnent à voir des artistes à la pratique engagée, fortes de leur pouvoir de narration.


Yaoundé, 09 février 2023. Ça grouille de monde dans le hall du Musée National du Cameroun. Le vernissage d’une exposition vient de s’achever. Parmi les gens qui prolongent leur présence en ce lieu, deux personnes se congratulent. L’un, est Yann Lorvo, Directeur de l’Institut Français du Cameroun (IFC), et conseiller de coopération et d’action culturelle de l’ambassade de France au Cameroun. Il sert la main de Nadine HOUNKPATIN : « Je tiens à vous remercier, lui dit-il, pour votre ténacité et aussi votre souplesse ». Et elle de lui renvoyer la politesse : « C’est moi (…qui vous remercie), pour la confiance charriée en nous ». Elle lui rappelle que sans la souplesse et la ténacité, on ne travaille pas avec l’Afrique ; lui demande de remonter les difficultés de l’organisation de l’évènement auquel ils assistent, au ministère camerounais de la culture. « Ça c’est mon travail », la rassure-t-il, tout en demandant en retour à Nadine d’en parler en France où elle devrait retourner le lendemain. Malgré les difficultés rencontrées, les deux sont satisfaits de l’organisation de cette exposition, dont la spécificité selon Nadine, est que les artistes ont travaillé en résidence au sein même du Musée National.


Aux origines de l’exposition…

En réalité Nadine HOUNKPATIN a l’habitude de ce genre d’évènements. Consultante en projets artistiques et culturels au sein de l’agence de production ARTNESS, qu’elle a co-fondé avec son associée Céline Seror, elle conçoit, développe et produit des projets en rapport avec les scènes artistiques, créatives et culturelles en provenance d’Afrique et des diasporas. Par ses différentes activités, cette Béninoise participe activement à la mise en avant des nouvelles voix et narrations en provenance du continent africain et de ses diverses diasporas, en Afrique et dans le reste du monde. Elle est ainsi à l’origine de l’exposition dont le vernissage vient de s’achever au Musée National camerounais, et dont le titre est « Mémoria : récits d’une autre histoire ».

Le projet nait lors du Focus Femmes de la saison culturelle Africa 2020 dirigée par N’Goné Fall. A travers plus de 200 événements organisés dans toute la France, la diaspora africaine examine le regard des femmes africaines sur les grands défis du 21ème siècle, ou encore le rôle des femmes dans les sociétés africaines, de la diffusion des connaissances aux systèmes de désobéissance, en passant par l'histoire, la mémoire, les archives, les questions économiques, le territoire et la citoyenneté. Des travaux de cette saison culturelle, jaillit l’idée d’une exposition consacrée aux femmes africaines dont les œuvres délivrent leur essence et donnent à voir des artistes à la pratique engagée, fortes de leur pouvoir de narration, ancrées dans leur(s) géographie(s) fluctuante(s) et dans leur temps. L’exposition est itinérante. Elle commence au Fonds régional d'art contemporain d'Aquitaine à Bordeaux en 2021, puis est accueillie en 2022 par le Musée des Cultures Contemporaines Adama Toungara d’Abidjan. En 2023, c’est au prestigieux Musée National du Cameroun, pôle patrimonial et culturel de référence en Afrique centrale, d’accueillir l’exposition collective à Yaoundé.



La moustiquaire, témoin des violences sexuelles

Ici à Yaoundé, l’exposition présente une quarantaine d’objets, près de vingt artistes. Dans le coin d’une salle du Musée nationale, des moustiquaires portant des inscriptions sont accrochées. Chaque moustiquaire porte le nom d’un arbre, sa particularité et sa symbolique. A l’intérieur de chaque moustiquaire une autre moustiquaire imprégnée de traces de mains sanguinolentes. La lecture de cette œuvre d’art n’est pas évidente, à moins que l’artiste Ruth Belinga, ne vous l’explique. Cette performeuse camerounaise développe depuis longtemps une démarche artistique où elle établit un rapport entre les violences faites à la femme et les violences faites à la nature. Une démarche qui lui a valu le qualificatif d’éco féministe. Dans cette exposition son installation est intitulée « ma moustiquaire imprégnée. »