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Afrique : Macron vs Lavrov ?



Du Caire en Égypte, où il a entamé une tournée africaine le 24 juillet dernier, le chef de la diplomatie russe, Sergeï Lavrov, s’est rendu au Congo où il était, le 25 juillet dernier, l’hôte du président Denis Sassou Nguesso. Un choix qui est loin d’être un effet de hasard quand on sait que depuis le début du conflit russo-ukrainien, Brazzaville brille par une position de neutralité qui ne saurait laisser Moscou indifférente. Ainsi en va-t-il de l’Éthiopie et de l’Ouganda, les prochaines étapes des missi dominici du puissant locataire du Kremlin. Des axes avec lesquels Moscou entend renforcer sa coopération après ce qui a été vécu par Addis-Abeba et Kampala, comme une mise en quarantaine par les Occidentaux. En effet, après l’éclatement de la guerre du Tigré en Éthiopie, Addis-Abeba s’est vu suspendre son soutien budgétaire par l’Union européenne au moment où les Américains procédaient à un gel de leur accord commercial. La même frustration a été vécue par Kampala qui a été prise en grippe par les mêmes Occidentaux pour des raisons de violations présumées de droits de l’Homme.



Cette tournée africaine du chef de la diplomatie russe est une visite de raison


Ce n’est certainement pas pour rien que dès l’entame de son périple au Pays des pharaons, le diplomate russe a tenu à rassurer ses partenaires africains quant aux risques d’insécurité alimentaire en lien avec la guerre en Ukraine et les difficultés d’exportation des céréales. Un accord ayant été trouvé la veille en Turquie, sous l’égide des Nations unies. Quand on sait que l’Occident n’a jamais manqué l’occasion d’en rejeter la responsabilité sur la Russie, on peut se demander si, en plus de la recherche de soutiens, Sergei Lavrov ne tente pas de polir l’image de son pays à la face du continent africain qui subit durement les affres de cette guerre suite à sa position de neutralité et sa volonté de s’allier à la Russie, l’Iran ou encore la Chine.


L’Afrique est aujourd’hui devenue un enjeu de taille.


C’est pourquoi l’on peut se demander si, au-delà des questions de coopération bilatérale, Brazzaville sera l’occasion pour le président congolais, de réintroduire le plaidoyer de l’Afrique en faveur de facilités d’approvisionnement du continent et d’une solution négociée du conflit russo-ukrainien dont les conséquences pèsent lourdement sur les économies africaines en termes de renchérissement des coûts de produits de première nécessité comme les hydrocarbures et les céréales. L’histoire le dira. En attendant, de Brazzaville à Kampala en passant par Addis-Abeba, l’on peut s’interroger sur les retombées de cette visite du diplomate russe, pour les populations des pays visités. En effet, c’est de cela qu’il devrait s’agir en premier, dans le fond. Car lorsqu’un dirigeant occidental foule le sol africain, le peuple africain montre bien qu’il n’est pas le bienvenu contrairement à la visite avec les dirigeants russes, iraniens ou chinois. Car tout le monde le sait maintenant, avec les pays occidentaux, l’Afrique s’attend à des sanctions, des tentatives de déstabilisation, l’occupation de leur pays, le pillage de leur ressource.


Une tournée bénéfique pour l’Afrique comme pour la Russie. Grâce à l’Afrique, la Russie peut notamment obtenir de l’aide afin de contourner le régime de sanction que lui a imposé l’Occident et qui a plus un effet contraire. Évidemment, ce régime de sanction pénalise beaucoup plus les pays européens que la Russie elle-même. La volonté des pays africains à vouloir traiter avec les pays du bloc de l’est plutôt qu’avec l’occident ne cesse de s’accroître et des pays occidentaux comme la France se sentent donc en danger.


C’est pourquoi le chef de l’État français a également entamé sa tournée dans des pays stratégiques africains comme au Cameroun, au Bénin et en Guinée-Bissau. Contrairement à la tournée de Sergei Lavrov, Emmanuel Macron n’est absolument pas le bienvenu sur le continent africain et la société civile et les nombreux panafricanistes l’ont bien démontré.


Depuis sa réélection en avril dernier, c’est sa première tournée sur le continent noir. La première étape de ce déplacement sera le Cameroun. L’un des pays qui s’est également tourné vers la Russie pour pouvoir contenir la crise des séparatistes anglophones et des groupes terroristes comme Boko Haram.


Selon certains analystes, ce qui intéresse Emmanuel Macron, c’est précisément de semer les graines nécessaires pour continuer à garder son influence au Cameroun, dans l’ère d’après Paul Biya. Ce qui lui assurerait de pouvoir continuer à compter sur les ressources naturelles du Cameroun pour alimenter la France dans l’actuelle crise énergétique auquel elle est confrontée.


Après le Cameroun, cap vers le Bénin ou des intérêts militaires seraient visiblement en jeu.


Cette étape sera mise à profit pour évoquer un appui français en matière de soutien aérien, de renseignement et d’équipements militaires.


Emmanuel Macron bouclera sa tournée africaine par la Guinée-Bissau, pays dont le président, Umaro Sissoco Embalo, vient de prendre la tête de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Une visite qui montre bien la volonté de Paris de vouloir remettre les choses au clair concernant la CEDEAO et surtout suite à sa défaite contre le Mali. D’ailleurs, cette visite serait également le prolongement de la tentative de coup d’État contre le président Embalo en février 2022 qui ressemblait terriblement à une mise en garde tout de suite avant qu’Embalo ait pris les rênes de la CEDEAO.


De manière générale, on peut dire que ce sont seulement les intérêts qui guident les pas de Macron à Yaoundé, Cotonou et Bissau. N’allez donc pas lui demander d’aller faire des dissertations sur la démocratie et les droits humains ou les grands discours sur la lutte contre le terrorisme.


En tout cas, Macron a déjà prévenu tous ceux qui seraient tentés de crier au scandale de le voir s’afficher aux côtés de dirigeants africains, en disant en substance ceci : « Je ne vais pas dans ces pays pour donner des leçons ou promouvoir un modèle ». Et c’est cette posture que tous les présidents occidentaux adoptent quand ils sont en déplacement dans des pays africains ou les pays qui n’ont que du mépris concernant les droits humains notamment, dans des monarchies du golfe Persique. Joe Biden vient de rendre visite à l’un d’eux, au Proche-Orient. Dans ce pays, l’on n’a pas hésité un seul instant à dissoudre le corps d’un journaliste après l’avoir assassiné.


Et pendant que les pays occidentaux s’accommodent de ces pays prédateurs des droits humains devant l’Éternel pour préserver leurs intérêts, ils n’hésitent pas à s’ériger en donneurs de leçons sur la démocratie à l’encontre des pays faibles avec lesquels ils ont peu d’intérêts. Leur devise pourrait donc être la suivante : les affaires d’abord, la démocratie et les droits humains peuvent toujours attendre.


L’Occident veut absolument préserver sa politique colonialiste qui appartient au passé alors que la Russie, l’Iran ou bien encore la Chine veulent avancer en se concentrant sur l’avenir du monde avec leur vision multipolaire et leur politique gagnant-gagnant.

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