Et si le problème n’était pas Macron mais nous-mêmes ?


Depuis 3 jours à peine, nous camerounais, avons été très nombreux à nous sentir humiliés, rabaissés, avilis, mortifiés, vexés, mésestimés, déconsidérés, dépréciés, froissés par le président français Emmanuel Macron dans ses propos en réponse à un activiste camerounais le jour de l’ouverture du Salon de l’Agriculture à Paris, samedi 22/02/2020.


Moi-même, j’ai re-publié des anciennes leçons que j’ai précédées par un épilogue, comme rappel de ce fâcheux évènement. Je me suis même mis à commenter l’actualité, chose que je ne fais jamais, en parlant de la manifestation des enragés du monument de la Réunification vers l’Ambassade de France à Yaoundé, hier lundi 24/02/2020.


Mais lorsque nous prenons du recul, je ne puis me lasser de reposer la question que j’avais posée, lorsqu’à la chute du président Burkinabe Compaoré, le président français François Hollande avait fait un communiqué pour annoncer au monde qu’il avait pourtant proposé un poste à Compaoré à siéger à la Francophonie ou dans les instances internationales. Et la question était : pourquoi nous africains nous laissons humilier ? Car c’est cela le vrai problème. Si Macron peut se permettre de tels écarts de comportements, c’est bien parce que nous le laissons faire.


Au moment, où nous nous agitions pour condamner le vilain Macron, je reçois dans le groupe WhatsApp auquel je suis inscrit, celui des promoteurs d’écoles de formation à l’Ouest du Cameroun, un communiqué conjoint du Ministère de l’élevage et de celui de l’agriculture, avec le titre : « Grande Opportunité de recrutement des jeunes pour formation et insertion ». Il s’agit d’une formation qui doit se passer à l’Institut Technique et de Formation Agropastorale (ITFA) de Mbouda, dans le département de Bamboutos à l’attention des populations et ressortissants de Babadjou, Galim, Mbouda et Batcham. La formation qui est gratuite dure 2 ans, à la fin de laquelle, chaque participant reçoit un capital de 1,5 millions de FCFA pour démarrer sa propre ferme. Et entre parenthèses, on a ajouté : « Don non remboursable ». Je me suis exclamé : « c’est comme ça qu’il faut faire : éviter le bavardage et envoyer nos jeunes apprendre à se prendre en charge. J’étais sincère. Le hic arrive lorsque je me pose la fatidique question : « Et qui paye la facture ? ». En d’autres termes, qui finance cette formation. La réponse y était donnée inscrite ainsi : - Coût : financé à 100% par l’Etat du Cameroun à travers les Fonds C2D.

Le symbole est lâché « C2D ».


Beaucoup de camerounais ne savent pas ce que c’est, mais c’est l’instrument à partir duquel la France est fière de nous mettre à genoux et à cause de laquelle, lorsque la France parle, nous devons tous la boucler. A moins qu’on lui trouve une alternative viable et crédible.


C’est quoi le C2D ?

C’est le Contrat de Désendettement et de Développement. C’est un instrument créé par la France en faveur d’une vingtaine de pays dans le monde pour remplacer ce que Fmi et la Banque Mondiale avaient classé jusqu’en 2006 comme Pays Très Pauvres, Très Endettés.

Pour en savoir plus pour le cas précis du Cameroun, il n’y a donc pas mieux que de faire un petit tour sur le site de l’Ambassade de France au Cameroun. Et on y découvre qu’il y a eu 2 C2D. Le premier de 2006 à 2017 et celui en cours de 2017 à 2020.


C’est quoi le bilan des premiers 10 ans du C2D ? Voici ce qu’affirme donc le site de l’ambassade de France au Cameroun :

Et dès la première page, on lit ceci :

« Le CD vise à résorber 957 milliards de FCFA de dette extérieure camerounaise »

Comment ça marche ?

« Le Cameroun honore ses créances vis-à-vis de la France. Et la France lui reverse la même somme pour financer son développement et lutter contre la pauvreté. »

On peut aussi lire que pour la première phase du C2D de 2006 à 2017, la France a reversé au Cameroun la somme d'un milliard d'Euros, soit 655 milliards de FCFA.

Et cet argent a servi à recruter 40.000 nouveaux fonctionnaires, à construire 1500 nouvelles salles de classe, à former 400 nouveaux infirmiers et médecins, à former 8000 jeunes aux métiers agricoles, à former 2000 conseillers agricoles, aidé 250.000 familles à moderniser leur agriculture etc.


Et cela continue, avec ce qui est au programme du deuxième CD2 de 2017 à 2025 avec les montants et les projets destinataires pour les financements.


La question légitime à se poser est : Si Emmanuel Macron est au courant de ces informations, comment ne peut-il pas se permettre le droit de nous insulter tous ? Si nous sommes incapables de créer suffisamment de richesses pour subvenir à nos besoins et faire tourner un pays, avons-nous la moindre dignité de répondre à celui qui nous nourrit, en nous plaignant qu’il nous a offensés ? Y-at-il pire offense que celle de nous nourrir ? Y a-t-il pire humiliation pour un peuple que de tendre la main à son prédateur ? En demandant de l’aide à la France, on formule une dette envers elle.


QUE VEUT LA FRANCE EN ECHANCE DU CD2 ?

Hier 24/02/2020, s’est ouvert le procès contre l’ancien candidat aux dernières élections présidentielles en France contre Macron, François Fillon. Beaucoup de camerounais sont loin de s’imaginer que c’est aussi à cause d’eux que François Fillon a subit un vrai coup d’Etat et à sa place, les industriels français ont préféré un certain Emmanuel Macron.


Que reprochent-ils à François Fillon et qui lui vaut d’être trainé dans boue ?

C’est lui qui s’est déplacé à Yaoundé et a signé avec Paul Biya les nouveaux accords de divorce entre le Cameroun et la France, qui prévoient que le sous-sol du Cameroun est désormais camerounais et non plus français. On l’accuse d’avoir été lui et Nicolas Sarkozy, roulé dans la farine par Paul Biya.


Emmanuel Macron est là pour rétablir la propriété de la France sur le sous-sol du Cameroun. Il est aidé par cela par tous les acteurs camerounais qui croient en bonne foi que la France veut les aider à créer l’alternance au pouvoir au Cameroun. Même l’opposition libyenne avec cru que Sarkozy et Cameron, les auraient aidé à devenir plus prospère en démocratie, contre un tyran, Kadhafi.


Au lieu de nous bomber le torse et manifester notre indignation contre les propos d’Emmanuel Macron, ne devons-nous pas au contraire faire profil bas et reconnaitre que ce coup de fouet est une leçon pour nous pousser à réorienter nos objectifs prioritaires vers la création de richesses ?


Et pour nos problèmes de crises à l’extrême nord, au Nord-ouest et au Sud-ouest, j’avais déjà fait des suggestions dans la conclusion de la leçon intitulée : « Quel système de défense pour l’Afrique », mais aussi au « Grand dialogue national », lorsque j’affirme que la meilleure défense d’un pays commence par le fait de se donner les moyens de bien s’occuper de ses populations, surtout celles les plus démunies. Car c’est ce maillon le plus faible qui est souvent réceptif aux incantations et aux prêches des prophètes de mauvaises nouvelles.


Aujourd’hui, nous pouvons prendre l’exemple des romains. La période la plus stable pour l’empire romain arrive à partir de l’an 123 avant notre ère et va durer 3 siècles.


En effet, en l’an 123 avant notre ère, le porte-parole (tribun) du parlement romain, Gaius Sempronius fait voter une loi qui oblige l’État romain à fournir la quantité de blé nécessaire à chaque famille pour produire 45,3 kg de blé par mois. Cicéron, qui est le porte-parole du sénat romain est contre. Il dit que cela va encourager les plus pauvres vers la fainéantise et alourdir les dettes de l’Etat. Mais la mesure est si populaire qu’en l’an 58 avant notre ère, le porte-parole du peuple, Publius Clodius Pulcher exige et obtient ni plus ni moins que le blé soit distribué gratuitement à toute la population de l’Empire romain. Cette décision va booster l’économie de l’empire. Et sous le règne de Auguste, la ville de Rome 329 boulangeries. Pour la première fois, la population peut manger 3 fois par jour. Et sous Néron, Rome va encore plus loin, avec la création dans la capitale des premiers Fast-Food de l’histoire. Aurélien entre 270-275, va supprimer la distribution gratuite du blé et la remplacer directement par la distribution gratuite du pain à tous les pauvres.


En parcourant notre pays, le Cameroun, la pauvreté se trouve partout. Et tant que nous laissons prospérer ces poches de misère de masse sur tout le territoire national, ce sont des bombes à retardement qui n’attendent que la bonne heure pour exploser.


Nous devons trouver notre stabilité dans ces exemples qui ont garanti 3 siècles de stabilité à Rome, en commençant par trouver comment donner à manger à tous nos habitants. Et ça, nous sommes capables de le faire.


Si l’argent que nous empruntons de la France, nous sera tôt ou tard remboursé après que nous aurons payé notre dette, on peut dès maintenant, revoir notre priorité à l’endettement, non plus seulement pour construire les ponts et les autoroutes, mais aussi en partie pour nourrir la population la plus démunie, comme gage de stabilité et de sécurité du pays.


La décision d’offrir le pain gratuit aux plus pauvres a aussi eu comme effet positif de libérer les paysans des taches ingrates d’une agriculture de subsistance tout au long de leur vie, pour les affecter à des taches plus qualifiées pour créer encore plus de richesses pour l’empire romain.

Libérer nos pauvres de la lutte pour la survie alimentaire, leur donne suffisamment de temps pour se remettre en question et devenir plus utile pour la Nation en paix et en ordre.


QUELLES LECONS POUR L’AFRIQUE ?

L’humiliation avérée de Emmanuel Macron doit nous servir d’électro-choc, pour nous remettre en question et avouer que si la patate s’est faite manger plus facilement que le macabo, c’est bien parce qu’elle s’est faite douce, tout le contraire du macabo.


Toute la question est maintenant de savoir si nous voulons rester la patate douce que tout le monde peut manger même crue dans toutes les sauces, ou le macabo qui gratte si celui qui tente de le manger ne s’est pas donné les moyens suffisants pour bien le cuir.


Thomas Sankara relevait déjà le problème dans un de ses discours : « Il est normal que celui qui vous donne à manger, vous impose ses volontés. Nous ne consommons que ce que nous contrôlons. Il y en a qui demandent : ‘mais où se trouve l’impérialisme ?’. L’impérialisme, regardez dans vos assiettes : les grains de maïs, de mil importés, c’est ça l’impérialisme, n’allez pas plus loin. »


Macron ou pas Macron, si nous ne comprenons pas que tendre la main à la France pour quémander n’est pas un acte anodin et sans conséquence, et lui donne le droit de s’ingérer dans nos affaires internes, c’est que nous sommes à plaindre.

Avant d’aller dormir ce soir du 25/02/2020, que chacun de nous se demande ce qu’il est en train de faire afin qu’à la fin du C2D en cours qui finit en 2025, que le Cameroun n’ait plus besoin de tendre la main à la France pour construire une salle de classe ou pour recruter plus d’enseignants ou d’infirmiers. C’est la somme de nos actions pour rechercher cette souveraineté économique qui sera la clé et le secret ultime pour empêcher un président français de s’ingérer dans nos affaires internes.


Quand j’étais petit, dans mon groupe ethnique dit des « Bamileke », on nous enseignait que les autres peuples du Cameroun étaient des « Nkwa ». Un Nkwa était quelqu’un qui n’avait pas compris que toute relation avec les autres était basé sur le rapport de force, dans lequel, le plus faible est appelé à subir et n’aura jamais son mot à dire. Le Nkwa était quelqu’un qui n’avait pas compris au contact des étrangers que la France ne leur offrait rien en cadeau, même pas le Jésus qu’elle nous avait imposé. Pour nous montrer la cohérence de ces propos, on nous montrait comment durant les funérailles, les femmes apportaient des paniers de nourriture comme leurs contributions à la célébration. Mais qu’aucun de ces paniers ne devait rentrer vide. Et on nous expliquait que pour nos ancêtres, faire rentrer vide un panier avec lequel quelqu’un vous a apporté un cadeau signifiait une dette infinie.


Ma question à tous ces nouveaux « Nkwa » camerounais qui ne sont certainement pas au courant de cette tradition Bamileke, et qui demandent à la France de venir les aider dans le rapport de force qu’ils ont avec Paul Biya, sont en train de recevoir un panier de la France plein de nourriture. Qu’ont-ils prévu pour mettre dans ce panier lorsqu’ils vont le vider, afin que la France retourne avec bien plein de nouveau ?


CONCLUSION : Le 10 février 2020, Sur son compte Twitter, le président cubain Miguel Diaz-Canel a écrit :

« Interferon alpha 2B : le médicament cubain utilisé en Chine contre le coronavirus. Notre soutien au gouvernement et au peuple chinois dans leurs efforts pour combattre le coronavirus. L'usine sino-cubaine de Changheber à Jilin produit de l'interféron alpha (IFNrec) en utilisant la technologie cubaine depuis le premier jour du Nouvel An lunaire. La Commission chinoise de la santé a sélectionné notre produit parmi ceux utilisés dans la lutte contre les coronavirus », a confirmé le président cubain sur son compte Twitter.


A la télévision cubaine le même jour, conseiller scientifique et commercial du président de l’entreprise BioCubaFarma, Dr Luis Herrera Martinez, explique les raisons du choix des cubains par les autorités chinoises ainsi :

« Il a l'avantage que dans de telles situations, il sert de mécanisme de protection ; son utilisation évite aux patients ayant des possibilités d'aggravation et de complications d’atteindre ce stade, qui entraînerait la mort ».


Herrera Martinez dit qu'un transfert de technologie du Cuba vers la Chine depuis des années avait déjà permis de créer dans la province de Jilin, l'usine sino-cubaine ChangHeber dans la ville de Changchun qui fabrique depuis le 25 janvier 2020, le médicament le plus efficace contre le Coronavirus. Voici ce qu’il déclare :

« Cette usine fabrique le même produit que nous, avec exactement la même technologie, et répond aux normes de qualité qui ont été approuvées par les autorités réglementaires chinoises et cubaines »,


Après 60 ans d’embargo économique des Etats-Unis d’Amérique contre Cuba, la petite île socialiste est un champion au niveau mondial des innovations en matière de santé et de recherche médicale, et notamment en biotechnologie. L'Interferon Alfa 2B (IFNrec) fabriqué en Chine depuis le 25 janvier 2020 est un médicament également utilisé pour traiter le VIH, le papillomavirus (HPV), et même certaines formes d'hépatite et de cancers. Cuba y est arrivé parce qu’il a su dire Non à ceux qui étaient plus fort que lui. 60 ans d’embargo continu, n’a pas brisé la volonté de liberté même dans la pauvreté du peuple cubain.


Après 60 ans d’indépendance, le Cameroun attend encore que la France lui restitue l’argent de ses dettes payées, pour amorcer les projets de développement.


60 ans après l’indépendance, les intellectuels camerounais demandent encore à la France de venir les aider à prendre le pouvoir.


60 ans après l’indépendance, les intellectuels camerounais refusent toujours de se retrousser les manches et chausser les bottes pour entrer dans la boue et la poussière créer la richesse comme les intellectuels cubains. Qu’est-ce qui n’a pas marché dans notre cerveau ?



Jean-Paul Pougala

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