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Tchad décès du Maréchal Idriss Deby Itno : le rôle trouble des accords de défense avec la France



Le Maréchal Idriss Déby Itno a connu son dernier souffle en défendant l'intégrité territoriale sur le champ de bataille. Une disparition à l'image de la carrière du militaire qu’il a été, et qui était devenu un partenaire-clé des Occidentaux dans les pays du Sahel. Raison pour laquelle le Tchad a toujours été décrit par les panafricanistes comme le coin supérieur droit du pré carré. S’il tombe, alors tout l’édifice s’écroule. Le Tchad fait en effet partie des premiers signataires des accords de défense ratifiés par la France dans la période des indépendances. Des accords qui malheureusement jouent un rôle trouble sur l’aspect de la défense dans le continent.


La problématique des accords de défense


Après les indépendances, la France a signé des accords de coopération militaire et de défense avec une quinzaine d'Etats africains. Elle est, aujourd'hui, liées à ce titre par vingt-six engagements dans le domaine de la défense. La terminologie de ces accords est variable, les accords de défense, impliquent une garantie française en cas d'agression. Trois types de mise en œuvre peuvent être envisagés : le rétablissement de la situation interne, la résistance aux mouvements de rébellion soutenus de l'extérieur ou la défense contre un agresseur étatique. Auparavant, la pensée militaire française en Afrique s’inscrivait essentiellement dans le cadre de la politique coloniale ou du recours aux troupes coloniales comme forces de réserve. Désormais, elle doit être conçue en étroite dépendance avec la politique internationale d’affirmation et d’influence. Toutefois, cette mutation suit un processus laborieux et tâtonnant, moyennant de nombreuses adaptations aux enjeux locaux et aux relations interpersonnelles, ainsi qu’aux agendas des nouveaux exécutifs africains. Bien entendu, à l’heure de la décolonisation, la métropole cherche à maintenir une présence militaire sur le continent en construisant une coopération dans ce domaine avec ses anciennes colonies. Ses objectifs stratégiques et politiques ont évolué depuis le retour du général de Gaulle aux affaires en 1958. Parallèlement, la France est engagée par des accords d'assistance militaire technique et de soutien logistique. Plus nombreux, ces accords de coopération militaire organisent le contenu de la coopération, l'instruction des troupes, l'encadrement des écoles de formation, la formation en France, la fourniture de matériels et équipements, l'assistance conseil, la maintenance et le soutien logistique en cas de crise ainsi que le statut et les privilèges et immunités des coopérants.


Le rôle trouble des accords de défense


Le maintien de bases militaires, liées à ces accords, est en débat. Pour justifier sa pérennisation, il doit contribuer au renouvellement du partenariat de sécurité de la France avec les Etats africains. Les autorités militaires françaises ont toutes fait valoir que le rapport coût/avantage d'une dénonciation ou d'une renégociation de ces accords ne serait pas à l'avantage de la France, ce qui n'empêche pas une évolution. Une révision à terme est certainement souhaitable, elle supposerait cependant que des relais efficaces aient pu être mis en place pour assurer des garanties de sécurité régionale, ce qui n'est à l'évidence pas encore le cas. Les conflits en cours en Afrique subsaharienne ont des origines complexes qui se réduisent rarement à des agressions extérieures. En théorie, les soldats français de la coopération militaire n’ont pas le droit de faire la guerre. En pratique, il suffit qu’ils soient en dehors de ce cadre de coopération pour jouer un rôle actif. Tous les observateurs ont en mémoire le massif déploiement aérien d’avril 2006 qui, non content d’effrayer les rebelles, avait surtout permis de fournir aux forces tchadiennes des renseignements indispensables pour mettre en déroute la colonne de pick-up menaçant N’Djaména.

La présence Française vacille sur le continent


La guerre contre le terrorisme est une aubaine pour les autorités tchadiennes qui ont repris stratégiquement cette rhétorique en qualifiant les rebelles de «mercenaires et terroristes». Depuis l’intervention de l’armée tchadienne aux côtés de l’armée française au Mali en 2013, le maréchal Idriss Déby a joué la carte militaire pour se rendre indispensable à ses alliés occidentaux et acquérir en quelques années le statut de puissance régionale. L’armée tchadienne est engagée aujourd’hui dans des combats contre les groupes armés jihadistes dans le cadre du G5 Sahel et contre Boko Haram dans le bassin du lac Tchad. Sur-sollicitée hors du pays, elle peine à faire face seule à une rébellion sur son territoire. La tentative d’incursion de ces derniers jours s’inscrit dans une escalade. Pour les Tchadiens, les enjeux sont immenses. Mais les débats en France sur la politique étrangère et de défense et ses conséquences au Sahel sont d’une pauvreté sidérante.D’une manière générale, on entend peu d’hommes et de femmes politiques interroger les alliances et les choix politiques de la France. Au Tchad, en revanche, le rôle de l’ancienne puissance coloniale ne passe pas inaperçu et alimente un sentiment antifrançais fort peu étonnant au regard de l’histoire et du présent.

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