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Cameroun : le paradigme de "Politiques sociales genrées et transformatrices"



Promouvoir le paradigme de « Politiques Sociales Genrées et Transformatrices », tel est le fil conducteur des travaux de deux jours, organisés par la Société Savante Cheikh Anta Diop (SS-CAD) de l’Université de Douala. En lieu et place, les 09 et 10 décembre 2021 à la salle de Conférence de la Délégation Régionale de la Promotion de la Femme et de la Famille (MINPROFF) du Littoral à Douala.


Ces travaux ont été ponctués par une Conférence publique de restitution de l’étude « Trajectoires des politiques sociales au Cameroun de l’époque coloniale à l’ère du COVID-19 entre équité de gendre et transformations sociétales ». Ensuite, un Atelier de capacitation sur le nouveau paradigme. Les acteurs sociaux conviés à ces échanges étaient composés des acteurs étatiques (MINHDU, MUNUDUC, TRAVAIL, SANTE PUBLIQUE,…), les CTD (Collectivités Territoriales Décentralisées), les Organisations patronales (GICAM, ECAM), les opérateurs économiques, les Organisations de la Société Civile, les chercheurs, les leaders d’opinion et des personnes indépendantes.


Dans son rapport, la Société Savante Cheikh Anta Diop, par la voie du tribun scientifique Pr MEVA’A ABOMO Dominique, révèle trois principaux résultats. Premièrement, les politiques sociales restent très peu genrées au Cameroun malgré les efforts non négligeables des pouvoirs publics davantage observés dans les secteurs de l’éducation de base, de la santé publique et particulièrement dans les soins maternels. Ces politiques se fondent alors sur le faciès de représentation socioculturelle de « l’homme Gagne-pain » et « la femme au foyer ». Ce faciès traditionnel hiérarchise implicitement les genres dans lesdites politiques, systématise et corporalise tacitement les discriminations et inégalités en leur sein. Deuxièmement, les politiques sociales contribuent faiblement aux transformations sociétales. Cette faiblesse s’est davantage accentuée avec la pandémie du COVID-19 qui a démontré la vulnérabilité desdites politiques. Si les efforts des pouvoirs publics dans le cadre de la protection sociale sont non négligeables (lutte contre le COVID-19, gratuité de l’école primaire publique, de la prise en charge du paludisme infantile et des femmes enceintes, divers vaccins…). Il faut cependant reconnaitre que ces efforts restent très insuffisants et sont plombés de discriminations, vices et tars associés au contexte de crise morale aigüe que traverse le pays. Avec une capacité de production de plus de 35.000 professionnels formés chaque année (BTS, Licence professionnelle, Master professionnel…), les politiques sociales de l’éducation axées sur la professionnalisation digne du Système LMD ont fait du Cameroun un pays surproducteur et exportateur du capital humain en deux décennies. Si à travers cette illustration, il est établi que les pouvoirs publics ont tout au moins intégré l’importance de l’investissement social comme levier de développement, cet investissement peine malheureusement à impulser des transformations économiques structurées. La petitesse des salaires est un frein à une consommation de masse qui pourtant ferait tourner positivement l’économie. Les multiples programmes d’appui à l’entrepreneuriat-jeune par exemple, restent peu féconds et peinent à créer un tissu de micro-entreprises, levier de la croissance comme il en a été le cas en Asie du Sud-Est. Le troisième résultat de l’étude s’articule sur des prescriptions majeures que la SS-CAD suggère comme thérapie de choc. Le changement de paradigme en faveur des « Politiques sociales genrées et transformatrices ». Ce nouveau paradigme est marqué par ce que le Pr MEVA’A ABOMO Dominique appelle le « Genrisme d’Etat». L’idée est de promouvoir institutionnellement la supériorité théorique du genre féminin dans les politiques sociales. Il invite enfin à repenser les politiques sociales comme moteur de la croissance et à construire un modèle économique ayant pour précurseur les politiques sociales.


Rendu à ce stade, il est légitime de se demander comment y parvenir ? L’Atelier de formation a ainsi permis à la SS-CAD de capaciter les acteurs sociaux sur le genrisme d'Etat. Remerciant les organisateurs pour cette initiative, ces acteurs formés ont affirmé être prêt pour l’action de terrain dans le strict respect des institutions et attendent l’appui des pouvoirs publics.


Telle est la quintessence des travaux de deux jours autour du projet dénommé GETSPA (Gender Equitable and Transformative Social Policy for Post-COVID-19 Africa), promu par l’Institute of African Studies (University of Ghana) dans 42 pays du continent et mis en œuvre au Cameroun par la SS-CAD.