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The National Interest: l’Occident doit se préparer à rendre des comptes


L’ordre multipolaire post-occidental est en train de se mettre en place et l’Occident doit faire face à la réalité qu’il ne peut plus imposer sa domination sur le monde comme il le faisait autrefois. C’est ce qu’il ressort d’un article paru dans le célèbre magazine étasunien The National Interest. Fait particulièrement intéressant car reprenant nombre de points abordés plusieurs fois par Observateur Continental.


L’article est signé Chandran Nair – homme d’affaires malaisien et fondateur de The Global Institute for Tomorrow, un groupe de réflexion indépendant basé à Hong Kong. Il est également l’auteur du livre publié en janvier de l’année dernière qui s’intitule Dismantling Global White Privilege: Equity for a Post-Western World (Démantèlement du privilège blanc mondial: équité pour un monde post-occidental).



Les grandes lignes du tout récent article sont les suivantes. L’ordre international multipolaire post-occidental est en train de se mettre en place. Alors que l’humanité est aux prises avec les implications de ce changement de pouvoir, les fondements d’un grand jugement prennent forme. Ce schéma remettra en question les croyances et les structures de longue date qui ont soutenu la domination occidentale sur le monde depuis les quelques centaines d’années, exposant en cours de route la nature du droit perçu par l’Occident à diriger l’ordre hiérarchique mondial. Le résultat final sera une réévaluation significative des relations internationales telles que nous les connaissons.


Toujours selon Chandran Nair – ce grand bilan sera guidé par cinq tendances majeures, qui obligent les nations occidentales à affronter et à s’adapter à un avenir où le pouvoir doit être partagé avec les autres nations du monde (rappelons à notre niveau que ces autres nations représentent l’écrasante majorité planétaire) – dans un monde multipolaire. Ne pas reconnaitre ou tenter à résister fermement à ces tendances pourrait poser des risques importants non seulement pour l’Occident lui-même, mais également pour la stabilité mondiale. Pourtant l’expert malaisien pense que de futurs conflits peuvent être évités si cette période de changement sera considérée comme une opportunité de construire un monde plus équitable, plutôt que comme une crise qui menace des privilèges enracinés depuis longtemps.



Regardons maintenant les cinq tendances à considérer selon l'auteur. Selon lui – l’avenir qui attend l’Occident – sera soit une transition en douceur vers la multipolarité ou une période d’instabilité et de conflit potentiel – cela dépendra en grande partie de la manière dont les décideurs réagiront à ces cinq tendances.


La première est le dénouement de l’histoire jusque-là racontée. L’Occident, à travers son histoire coloniale, a pratiqué et perfectionné l’interprétation sélective et le récit des événements, choisissant à se présenter comme «l’initiateur de la civilisation moderne et une force directrice bienveillante». Cela est en train de changer – les technologies de l’information, notamment l’internet et les réseaux sociaux, ont brisé le monopole informationnel autrefois détenu par les institutions occidentales de contrôle (sociétés de médias, universités, éditeurs de livres, etc…). En conséquence, les gens du monde entier reconnaissent que l’histoire ne se limite plus à l’interprétation occidentale, y compris sa projection de prétendue «bienveillance».


Toujours sur ce volet, l’auteur rappelle également que face à cette interprétation malveillante de l’histoire par l’Occident – les efforts diplomatiques du gouvernement indien afin d’obliger le régime britannique à restituer le trésor volé à l’Inde durant la colonisation, y compris certains des joyaux de la couronne – sont à saluer.



La deuxième tendance est la réévaluation de l’ordre international «fondé sur des règles». Pour Chandran Nair – les décideurs politiques de Washington n’aiment peut-être pas à l’entendre, mais ledit concept fait l’objet de beaucoup de dérision dans le monde et est largement considéré comme un outil utilisé par l’Occident pour contrôler les affaires mondiales et maintenir son hégémonie. Renforçant un sentiment de rejet auprès des peuples non-occidentaux, sachant que ces fameuses «règles» ont si souvent été bafouées par l’establishment occidental. Le tout à l’heure où des nations comme la Chine, l’Inde, et même certaines nations plus petites comme l’Indonésie ou les Emirats arabes unis – affirment un positionnement international responsable – que les Occidentaux ne peuvent ou ne veulent pas appliquer. Pour l’expert malaisien – l’Occident doit reconnaitre et accepter cette nouvelle approche des puissances et nations non-occidentales, dans un cadre multipolaire.


Troisième point très important mentionné par l’auteur – le démasquage du «maintien de la paix» occidental. Car tout en se présentant comme le «garant» de la sécurité internationale – une grande partie du monde considère les Etats-Unis, mais également dans une moindre mesure l’Europe – comme étant des profiteurs de la guerre plutôt que des promoteurs d’une paix authentique. Ainsi, le monde a réalisé qu’il est impossible de faire confiance à l’Occident pour diriger les efforts de paix mondiaux, surtout lorsqu’une partie importante des économies occidentales est précisément axée sur le profit dans le cadre des conflits. A la lumière de cela – la Chine négociant des accords de paix révolutionnaires à l’image de la normalisation relationnelle entre l’Iran et l’Arabie saoudite, tandis que des pays comme l’Indonésie, le Brésil ou l’Inde prônent également des solutions pacifiques aux conflits contemporains.


La quatrième tendance, elle aussi très importante – étant le détrônement en cours de la superstructure financière occidentale. Le fait que l’Occident utilise largement sa puissance financière à des fins géopolitiques ne trompe désormais pratiquement personne. Par ce fait – l’arsenalisation de la finance et l’application de sanctions occidentales aux pays qui ne se conforment pas aux objectifs de l’Occident, ainsi que le gel, voire la confiscation, de réserves financières d’Etats souverains, dont de l’Afghanistan, du Venezuela ou de la Russie – cela a envoyé des ondes de choc à travers le monde.



Pour ces raisons, mais également d’autres, comme la cupidité financière occidentale et de nombreuses irrégularités, ayant entrainé des crises dévastatrices telles que la crise financière de 2007-2008 et l’effondrement récent de la Silicon Valley Bank qui a eu des répercussions internationales – la méfiance et le rejet des structures financières de l’Occident se développent et s’amplifient. Les points qui confortent cette thèse de redistribution économique nécessaire selon Chandran Nair étant la dédollarisation en cours, la recherche d’alternatives au système Swift, ou encore le dépassement par les BRICS du G7 en termes de PIB combiné. Un sujet qu’Observateur Continental avait également plusieurs fois traité.


Cinquième et dernier point – l’effondrement notable de la crédibilité de la presse occidentale. Bien qu'il serait certainement à notre niveau plus juste à parler d'organes de propagande atlantistes. Pour Chandran Nair – le traitement de l’information par les Occidentaux dans un cadre unilatéral et aucunement objectif, notamment lorsqu’il s’agit de la Chine ou de la Russie, y compris dans le cadre du dossier ukrainien ou de l’acte terroriste visant le gazoduc Nord Stream – aura largement contribué au manque de confiance vis-à-vis des médias de l’Occident. D’autant plus que cette posture médiatique occidentale s’applique à l’encontre d’autres pays non-occidentaux.


En conclusion, l’auteur de l’article publié dans The National Interest insiste que le monde contemporain n’est plus ce qu’il était à l’époque ou l’après-guerre froide. Les anciens schémas sont résolument terminés et l’Occident n’a tout simplement plus le pouvoir politique et financier, sans même parler de légitimité internationale, à pouvoir poursuivre sa politique longtemps appliquée sur notre planète. Toujours selon lui - les nations occidentales doivent s'adapter à cet environnement international changeant, plutôt que d'insister obstinément sur le statu quo. Ne pas le faire rendra le monde plus dangereux et érodera encore plus la crédibilité et l'influence de l'Occident.



En termes de perspectives, il est indéniable que l’article de Chandran Nair est effectivement fort important et intéressant à bien d’égards. Notamment lorsqu’il parle précisément de l’ordre non plus seulement multipolaire, mais également post-occidental, une perspective abordée de nombreuses fois par Observateur Continental, tout comme du fait que l’extrême minorité planétaire doit se préparer à rendre des comptes en cas de refus à s’adapter aux règles de la multipolarité, mais il est fort peu probable que l’establishment occidental pourra faire preuve d’une quelconque adaptation.


Les descendants des pires criminels de guerre au fil des siècles ne pourront pas changer – aussi importants soient les changements, en cours et à venir, à l’échelle globale. Et en cela – ils sont effectivement et déjà condamnés. Quant aux populations de pays occidentaux et de quelques autres, il faut tout de même être sincère. Ils auront à payer les pots cassés dans le cadre des opportunités probablement définitivement perdues. Et pour cela – si bien même que l’ordre multipolaire international post-occidental décidera à ne pas sanctionner les peuples concernés – la punition est de toute manière déjà appliquée par leurs propres dirigeants occidentaux et affiliés.

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