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Pourquoi le silence radio sur le coup d’état en Guinée ? (Analyse)



Tous les observateurs ont pu remarquer que la presse internationale, particulièrement française, parlant de coups d’états, ne parle que du Mali, du Burkina et du Niger, jamais de la Guinée. Pourquoi deux poids deux mesures ? Pour comprendre le silence assourdissant sur le coup d’état, référons-nous à l’avis d’un connaisseur de l’Afrique, le journaliste François Soudan qui écrivit dans Jeune Afrique :

« En dehors des condamnations de principe de la communauté internationale et de l’inquiétude sur son sort exprimée par les présidents ivoiriens, togolais, congolais, ou par son ancien camarade de l’Internationale socialiste Antonio Gutteres, nul n’a exigé explicitement le retour immédiat de l’ordre constitutionnel et celui d’Alpha Condé au pouvoir. Si les médias francophones ont « couvert » l’évènement, leurs homologues anglophones se sont avant tout intéressés au décuplement consécutif du prix de la bauxite, dont la Guinée est le premier producteur mondial. C’est que, dans la région et ailleurs, ce panafricain complexe au caractère difficile n’avait guère d’amis - ou en tous cas trop lointain pour intervenir. Qu’auraient pu faire pour lui l’Angolais Lourenço, le Sud-africain Ramaphosa ou l’Erythréen Afwerki ? En quoi le turc Erdogan, le Chinois Xi ou le Russe Poutine pouvaient s’opposer au coup d’état ? Sans parler du français Emmanuel Macron, avec qui il était en froid depuis que ce dernier avait critiqué son troisième mandat. » En effet les médias français avaient plutôt tendance à justifier le coup d’état en utilisant le prétexte du troisième mandat. Aujourd’hui à propos du Niger le Président Macron parle du courage du président Bazoum parce qu’il n’a pas démissionné après un mois de détention. Mais le Président Condé malgré plusieurs mois de détention n’a jamais accepté de démissionner : lorsque l’homme politique Bouya Konaté lui apporta la lettre de démission que voulait lui faire signer la junte, il l’a déchirée et jetée aux toilettes. Le lendemain les militaires venus chercher la lettre ont reçu pour réponse du président : « Je suis d’origine mandingue et ma culture m’a enseignée quatre choses : ne tremble pas, n’aie pas peur, sois un homme de parole et sois digne de tes ancêtres». (La société mandingue était une société féodale guerrière, de Soundiata à Samory Touré).

Il faut rappeler que pendant sa détention le Président était à l’isolement, coupé du monde, sans moyens de communiquer avec l’extérieur, pas d’internet et encore moins un téléphone portable. A ce sujet on pense alors à la remarque d'un de ses ex-pairs au journaliste François Soudan : "Un téléphone ? Vous n'y pensez pas ! Autant lui remettre une grenade dégoupillée entre les mains. Personne ne peut contrôler Alpha Condé!" Il suffit en outre de se référer à la tribune signée par les avocats Maître Boukounta Diallo et Maître Pierre-Olivier Sur dans Jeune Afrique pour mieux comprendre le coup d’état (« Le seul crime d’Alpha Condé est d’avoir voulu développer la Guinée », 17 février 2023). Ils concluent : « En réalité, le seul crime du président Alpha Condé est d’être souverainiste et panafricain, d’exiger le respect de la souveraineté des pays africains, et d’avoir eu l’audace d’inciter ses homologues à « couper le cordon ombilical» (avec l’ancienne puissance coloniale). Nous observons qu’en parlant du coup d’état et du général Tiani au Niger, on dit c’est « un coup d’état de complaisance et de convenance personnelle ». C’est à dire qu’il n’a pas fait le coup d’état pour des raisons objectives mais uniquement pour sauver sa peau car le Président allait le destituer.

Quid du colonel Doumbouya ? En 2021, le Président Condé engagea une lutte ferme contre les narco- trafiquants. Il avait commencé par faire saisir le terrain attribué au trafiquant de drogue notoire Sidiki Mara (cousin du Général Didi Amin) et venant de la même préfecture que Bala Samoura et Dansa Kourouma, actuel président du Conseil National de Transition. Il avait en outre engagé une enquête sur tous ses biens. C’est le même Sidiki Mara qui avait eu l’audace de dire aux enquêteurs d’informer le président de faire très attention car il avait de puissants soutiens dans son régime. Le Président fit saisir une vedette transportant 50 kg de cocaïne et avait confié la garde de ces 50 kg au BAC 10 (Les bacs sont des unités d’élite composées de gendarmes et de policiers charges de lutter contre le grand banditisme). Et à sa grande surprise 25 kg avait disparu. Il a donc fait arrêter tous les membres du Bac 10. Il faut noter que Bala Samoura était le commandant de la gendarmerie pour le Grand Conakry.


Plus tard il s’avérera que cette drogue avait été importée par le Colonel Doumbouya. La cause principale du coup d’état était d’empêcher l’arrestation des officiers trafiquants de drogue : 1/ Colonel Doumbouya. 2/ Général ambassadeur Aboubacar Sidiki Camara, alias Idi Amin (Ministre de la Défense) 3/ Mory Condé (Ministre de l’administration du territoire) 4/ Mamady Kallo 5/ Mamady Kaba 6/ Issa Kaba 7/ Raoul Soufiane junior (actuel patron de Guinée Games) On murmure aussi les noms d’hommes d’affaires qui seraient mêlés tels que Hadja Gnouma, Kerfalla Camara dit KPC, El Hadj Saliou (société Sonoko), Antonio Souaré, Kaba Guiter,

Un coup d’état sanglant Contrairement au Mali, au Burkina et au Niger, le coup d’état en Guinée a été extrêmement sanglant. Beaucoup de militaires ont été assassinés et enterrés ensuite dans une fosse commune. Et les familles ont réclamé les corps en vain. Depuis, tout le monde sait que la Guinée est aujourd’hui devenue un narco- état. Les principaux trafiquants comme Papa Fofana, et l’entourage de Doumbouya, sont des trafiquants de drogues notoirement connus notamment aux Etats Unis. Contrairement au Mali, Niger et Burkina, il n’y avait ni crise politique, ni crise économique, ni crise sociale. Le pays était calme.

Le Général français Clément-Bollée, de passage à Conakry avant le coup d’état, qui avait piloté la réforme des forces de sécurité en Guinée, parlait de la tranquillité dans le pays : « je n’ai jamais vu le climat politique aussi calme, aussi atone. Et en même temps tous les inities s’interrogeaient sur les intentions des forces spéciales et de leur chef.» Le président Condé avait engagé des reformes économique et financières extrêmement important avec le soutien de tous les partenaires bilatéraux et multilatéraux. Et la Guinée avait terminé avec satisfaction le dernier programme du fond monétaire. D’importants projets de développement étaient engagés dans tous les secteurs.


Dans son analyse pour Jeune Afrique dans son article « La grenade et le légionnaire » (novembre 2021), le journaliste François Soudan estime : - « Ce putsch contrairement à d’autre, ne doit rien à l’opposition et à la société civile guinéenne, ni même à la situation économique et sociale. Sur ce dernier point comme le soulignait Jean-Noël Té-Lessia Assoko dans le dernier Jeune Afrique, la décennie Alpha condé a plutôt été une réussite en termes de PIB par habitant, d'accès à l'électricité, de taux de croissance et de réduction des inégalités salariales. Beaucoup plus que son troisième mandat controversé, ce qui a "tué" Alpha, c'est son style unique de gouvernance, ou plutôt de micro-management qui le conduisait à décider de tout, à tout contrôler par lui-même en contournant systématiquement les chaînes hiérarchiques, au prix d'un nombre incalculable de frustrations, de rancœurs et d'humiliations ». - « Ce n'est donc par la rue, l'opposition, le troisième mandat, ni même l'armée en tant que telle qui ont miné le pouvoir d'Alpha condé, c'est lui- même et sa perso