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Cameroun : le Ras-le-bol des populations de deux villages à Djoum



Plus d’un millier de fils et filles d’Avébé et de Meyos III, dans le département du Dja et Lobo, région du sud, revendiquent leur quelque 1500 hectares de terrain spoliés par le Français Pascal Gérard, spécialiste de la chasse sportive, aujourd’hui entrepreneur agricole.


Enquête menée par Adrienne Engono Moussang avec l’appui du RFJ du Pulitzer Center


En cet après-midi très ensoleillé du 28 juin 2023, Marie Virginie Meboua Mengue ne sait plus où donner de la tête. Née il y a environ 65 ans à Avébé, village situé à une centaine de kilomètres de Sangmélima, dans la région du sud, celle dont le nom Meboua signifie pauvreté dans la langue locale, est revenue sur sa terre natale après un mariage cauchemardesque dans lequel elle a perdu son bras gauche, tranché par son compagnon. La désormais manchote a misé sur les activités agricoles pour survivre, Mais depuis 2016 c’est la désillusion ; « Je n’ai plus droit d’accéder aux parcelles de ma mère, même faire de la petite pêche est impossible. Nous devons franchir des barrières pour circuler dans notre propre village. La pauvreté est devenue ambiante », crie la dame que nous avons rencontrée à Avébé à la date sus-citée. Un cri qui est celui de plus d’un millier de natifs d’Avébé et de Mayos III. Ces populations (bantous et autochtones) qui pratiquaient l’agriculture, la chasse, la pêche et de cueillette en toute quiétude et jouissaient des revenus pour se soigner, se nourrir et envoyer leurs enfants à l’école.


Mais l’arrivée de Pascal Gérard, Français d’origine, promoteur de Ndjilla Safari, société de chasse sportive qui va devenir Rubbercam par la suite et s’investir dans la culture de l’hévéa et de la banane plantain va tout basculer. Emmanuel Okono, notable à Avébé, rappelle, en quelques épisodes, la genèse de cette filouterie foncière d’un autre genre : « Jean Claude Okono, qui représente Ndjilla Safari, nous a rencontrés, disant qu’ils avaient besoin de terrain pour construire une base-vie pour la chasse sportive. Nous lui avons demandé d’utiliser deux hectares. Mais, lorsque la commission est descendue pour délimiter cette parcelle, elle a constaté qu’ils avaient pris plutôt dix hectares, donc huit hectares en sus. Après discussion, nous avons signé les documents pour les dix hectares. Mais, alors la société n’a rien réalisé de tout ce qu’elle nous a promis (école, centre de santé, adduction d’eau…), on entend parler de la création d’un champ d’hévéa. Un de nos parents, paix à son âme, avait dit qu’il n’était pas prêt à continuer cette collaboration parce que la société Ndjilla Safari avait montré sa mauvaise foi en passant de deux, comme convenu au départ, à dix hectares sans notre consentement et que, parler d’hévéa signifie que cette entreprise mijote un autre coup qu’il va nous asséner », relate le notable.


Un bœuf, du riz, du poisson et quelques litres de vin contre 1000 hectares



« Bien qu’étant notable, dit-il, je n’ai pas les dessous de la négociation. J’avais quand même appris que le chef du village et un autre frère s’étaient rendus à la rencontre du « Blanc » à Yaoundé. Nous avons été obligés de signer les documents. Ils nous ont donné du riz, du poisson et un bœuf. Lorsque les autorités administratives sont entrées en jeu, nous n’étions plus au courant de rien. On nous a seulement dit que c’était le projet du président de la République. On nous dit que l’hévéa rend le sol infertile. Comment allons-nous vivre si nous ne faisons plus nos champs ? », s’interroge Emmanuel Okono. Qui dit ne pas voir claire pour la jeunesse d’Avébé et de Meyos III qui de plus en plus veut investir dans les activités agropastorales.


Cette jeunesse qui s’inquiète déjà, elle aussi de son avenir. « C’est du jamais vu qu’un beau matin, vous apprenez que vos terres ne vous appartiennent plus et lorsque vous voulez en savoir plus, les autorités censées protéger les hommes et leurs biens vous intimident. J’ai une compagne avec trois enfants, avec quoi vais-je les nourrir ? On commence à comprendre que les chefs traditionnels ne sont pas pour leur jeunesse. Nous fondons beaucoup d’espoir sur la démarche du Comité de développement d’Avébé », indique. David Bille Fils, plus jeune notable de la chefferie de Meyos III. Il a été parmi ceux qui se sont opposés à la présence de Ndjilla Safari devenu Rubbercam dans son village. Seulement, le mouvement va être étouffé par le sous-préfet de l’époque. « Pendant que nous nous opposions à la présence de Rubbercam, qui était Ndjilla Safari au départ, sur nos terres, le chef et les notables sont allés rencontrer le sous-préfet et ils sont revenus avec un message de celui-ci qui demandait d’éviter des bruits parce que 2018 est une année de l’élection présidentielle. C’est ainsi que plusieurs d’entre nous se sont désolidarisés. Nous avons encore tenu pour quelques jours et nous avons, nous aussi, abandonné », se souvient celui qui soutient que le projet RubberCam a brûlé toutes les étapes réglementaires pour son lancement. « Si nous nous battons pour la terre aujourd’hui, que vont faire les générations futures dans un village où pareille chose était inimagi