Tanzanie : s'achemine-t-on vers une descente aux enfers des multinationales occidentales?

October 6, 2020

 

De nombreux pays africains se mettent à dos les multinationales occidentales, au nom de la souveraineté et l'intégrité nationales. De nouveaux codes miniers sont de plus en plus adoptés au point de demander le départ de ces multinationales, qui profitent trop de leur pouvoir pour mettre non seulement à feu et à sang les pays d’Afrique, mais aussi pour détruire leur économie. La Tanzanie a désormais intégré le club.

 

 En effet, le pays est mêlé à un différend qui l'oppose à la compagnie australienne Indiana Ressources. La société a très mal pris cet affront et a porté l’affaire devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI) réclamant au minimum 95 millions $ pour « expropriation illégale » de son permis au projet de nickel Ntaka Hill.


Mais il est possible de mieux cerner les institutions qui offrent une protection à ces multinationales car la CIRDI est une institution du Groupe de la Banque mondiale, qui fait elle-même partie de ces institutions qui pillent l'Afrique, mais sous d'autres formes.

 

L'État tanzanien, après avoir retiré la licence en janvier 2018 en raison d’une nouvelle réglementation minière, aurait promis le rétablissement des droits d'Indiana aux termes de discussions avec les représentants de la société. Les autorités ont ensuite changé d'avis, car un appel d'offres lancé le 20 décembre dernier impliquait l’octroi d’une nouvelle licence pour Ntaka Hill, sans préciser le remboursement par le futur propriétaire des frais déjà engagés par Indiana sur le projet.


Le fait de s'implanter dans un pays africain, d'en piller les ressources sans aucun partage, de chasser les habitants de la zone cible le plus souvent en usant de la force, en coupant les vivres à bon nombre d'habitants, et tout ceci sans la moindre indemnisation, ne serait-il pas un motif pour traduire ces multinationales en justice ? Mais la question est simple, quelle institution serait assez neutre pour pouvoir trancher équitablement ?


La source de ce différend entre la compagnie et l’État remonte à 2017, quand le gouvernement a introduit une nouvelle législation minière supprimant la licence de rétention contenue dans le code minier de 2010, sans proposer d'autres alternatives. Cette licence est accordée à une compagnie minière pour lui permettre de différer ses travaux sur un permis d'exploration ou d'exploitation en raison de la conjoncture économique, de l'insuffisance de ressources financières ou de toute autre raison valable. Or, c'est en se fondant sur le manque d'activité sur le site et l'expiration en 2018 du délai accordé à Indiana dans la licence de rétention que le permis lui a été retiré.

 

Depuis l'arrivée au pouvoir du président John Magufuli en 2015, les tensions entre les compagnies minières et l'État se multiplient sur fond de volonté du nouvel homme fort du pays d’accroître la contribution des richesses du sous-sol à l'économie du pays. Ce qui serait tout à fait légitime. Mais les compagnies occidentales n'ont pas l'habitude de ce genre d'affront. Et pour cause, les pratiques utilisées par ces compagnies sont la majorité du temps très douteuses.


Ces compagnies font appel à des sociétés de sécurité privée, pour assurer leur protection et pour pouvoir piller les ressources, même en plein milieu d’une zone en conflit sans avoir le moindre problème avec des pseudo groupes terroristes ou des pseudo guerres interethniques. De nombreux experts estiment d'ailleurs que le plus souvent, ce sont ces mêmes compagnies qui sont à l'origine de conflits dans les pays d’Afrique. Les instances comme l’ONU ou encore les troupes militaires occidentales d'occupation sont sur le continent pour assurer aussi la sécurité de leurs multinationales respectives.

 

Il est vrai que plusieurs  pays africains ont commencé à mettre des bâtons dans les roues de ces multinationales en mettant en place un code minier qui rééquilibre un peu la situation et qui retire le monopole des mains de ces multinationales. Mais ce n'est pas tout, d'ailleurs, la Zambie en est aussi un exemple flagrant, car sa politique est de reprendre entièrement le contrôle des ressources naturelles du pays, et si les multinationales ne sont pas contentes, elles prennent la porte.


D’ailleurs, la société Areva au Gabon en avait aussi fait les frais, comme beaucoup d'autres. Les pays africains comprennent de plus en plus que c'est eux qui ont le contrôle et que ces sociétés ne peuvent pas faire grand-chose si les gouvernements des pays africains décident de s'attaquer à ces multinationales. Ces pays risquent des instabilités au sein de leur territoire, ce qui est déjà le cas, ils risquent aussi des sanctions, ce qui est déjà le cas aussi, et tout un tas d'autres problèmes qui peuvent soudainement apparaître dans leur pays. À la seule différence, c'est que de plus en plus de pays africains se soudent pour contrer ces politiques impérialistes. C'est pourquoi de plus en plus de pays africains sont enclins à se tourner vers des politiques de résistance afin de mettre un terme une bonne fois pour toutes,  aux tentatives de monopole néocoloniales.

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