Covid-19: l’arrogance occidentale ne diminue pas

 

Au moment où le coronavirus continue de se propager à divers endroits du monde, et que jusqu’à maintenant la gestion la plus inefficace était justement celle des pays occidentaux, le niveau d’arrogance des élites atlantistes ne semble guère aller à la baisse.

 

Les élites de l’Occident, aussi bien washingtoniennes que bruxelloises, sont tout de même des organismes assez spéciaux et dont il est fort difficile de trouver l’équivalent. Alors qu’à l’heure actuelle, les pays ayant été touchés de plein fouet les premiers par l’apparition et la propagation du coronavirus semblent reprendre en main la situation – la Chine en premier lieu, mais également l’Iran ou encore la Corée du Sud, les pays occidentaux eux, qui pourtant avaient la possibilité de limiter les dégâts par des mesures de prévention, ne semblent toujours pas en mesure de pouvoir gérer efficacement la situation qui prévaut. A ce titre, sur les dix pays comptant le plus grand nombre de cas de contaminations, sept sont des Etats occidentaux, dont pour nombre d’entre eux pour le moment incapables d’inverser la tendance.

 

Parallèlement à cela, alors qu’il est devenu évident d’une nécessité absolue de cohésion et de large solidarité internationale, les élites politiques de l’Ouest restent obstinées à maintenir leur approche traditionnelle vis-à-vis des pays non-occidentaux, surtout si ces derniers constituent des adversaires géopolitiques déclarés de l’Occident. Ainsi, les sanctions visant l’Iran restent toujours en vigueur. Les appels de la Chine à mettre de côté, au moins le temps de gestion de cette crise, les divergences géopolitiques et géoéconomiques restent sans réponse côté occidental. Quant au projet de Déclaration au niveau de l’Assemblée générale de l’ONU proposé par la Russie et coparrainé par 28 pays membres onusiens afin d’annuler les sanctions unilatérales en vue de se concentrer ensemble sur la lutte contre le coronavirus a été rejeté par la clique habituelle: USA, Union européenne, Ukraine et Géorgie. Et ce malgré les appels également du secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres, qui appelait à l’abandon des sanctions imposées aux pays pour mieux lutter contre la propagation du Covid-19.

 

Là aussi ce n’est pas tout. Le soutien accordé dans la lutte contre la pandémie du moment par la Chine, la Russie et Cuba à divers endroits du monde – y compris dans les pays occidentaux les plus touchés comme l’Italie, a été l’objet de vives critiques de la part de l’establishment pro-atlantiste, notamment étasunien et français – certainement furieux de ne pas voir, dans cette crise internationale sanitaire majeure, leurs intérêts géopolitiques se concrétiser. En parlant de la France, ou plus précisément de l’arrogance de ses élites, elles sont loin d’être à leur première sortie. Déjà le mois dernier, le président français Macron s’est fait remarquer par un tweet condescendant à l’égard du Maroc, en oubliant une fois encore que la période de colonisation était normalement terminée. Un geste ayant soulevé une vague de colère au niveau de la société civile marocaine.

Les «experts» ne sont pas en reste. Ainsi, un certain Francis Ghilès, chercheur au Centre des relations internationales de Barcelone, a provoqué une vive polémique en commentant sur l’antenne de la chaîne France 24 l’aide chinoise envoyée à destination de l’Algérie. Suite à quoi l’ambassadeur de France à Alger fut convoqué par le ministère algérien des Affaires étrangères et l’ambassade d’Algérie à Paris a été instruite à l’effet d’intenter une action en justice contre cette chaîne de télévision et l’individu auteur des propos injurieux à l’égard de l’Algérie. Du côté de la représentation diplomatique chinoise d’Alger, les propos dudit personnage ont été jugés mensongers et pleins d’ignorance, en ajoutant que «tous les complots visant à noircir l’aide chinoise et à saper la coopération entre la Chine et l’Algérie en semant la discorde entre les deux pays sont voués à l’échec».

Le plus incroyable aussi dans cette arrogance évidente de la part de la nomenklatura française, est que jusqu’à maintenant la France peut tout, sauf se vanter de sa propre gestion de la crise de propagation du coronavirus. 6ème pays le plus touché au niveau mondial en termes du nombre de personnes contaminées (plus de 68 000 cas) et 4ème pour le nombre de décès à ce jour (plus de 7500, plus de deux fois plus qu’en Chine).

Dernière «sortie» en date, visant cette fois-ci le continent africain dans son ensemble. Il s’agit d’une séquence diffusée sur la chaîne TV française LCI il y a quelques jours de cela et qui a suscité la colère de très nombreux Africains. Ainsi, Jean-Paul Mira, chef de service de médecine intensive et réanimation à l’hôpital Cochin à Paris pose à l’autre invité de la chaîne la question suivante: «Si je peux être provocateur, est-ce qu’on ne devrait pas faire cette étude en Afrique (autour du vaccin anti-tuberculose BCG, pour le Covid-19), où il n’y a pas de masques, pas de traitement, pas de réanimation, un peu comme c’est fait d’ailleurs sur certaines études avec le sida, ou chez les prostituées on essaie des choses parce qu’on sait qu’elles sont hautement exposées?». La réponse de son collègue Camille Locht, directeur de recherche à l’Institut nationale de la Santé et de la Recherche médicale (Inserm) est tout aussi surprenante: «Vous avez raison, d’ailleurs on est en train de réfléchir en parallèle à une étude en Afrique avec le même type d’approche, ça n’empêche pas qu’on puisse réfléchir en parallèle à une étude en Europe et en Australie».

Des déclarations qui n’ont pas manqué de faire réagir de très nombreux internautes et personnalités publiques africaines, rappelant aux dits chercheurs français que les Africains ne sont pas des cobayes. Certains comptent même entreprendre une action de justice, à l’instar du Club des avocats au Maroc qui a annoncé sur sa page Facebook porter plainte pour diffamation raciale.

En conclusion, probablement la principale chose à retenir est qu’au-delà d’avoir perdu nombre de positions géopolitiques et géoéconomiques dans la réalité multipolaire actuelle, ce qui conduira inévitablement à la chute à terme des intérêts occidentaux au niveau mondial, c’est justement cette arrogance qui caractérise aussi bien ses élites politiques, médiatiques, comme «intellectuelles». D’autre part, et cela est tout aussi important à noter, si les représentants de ces élites espéraient qu’avec l’apparition du coronavirus la Chine perdrait nombre de ses positions sur le plan géoéconomique et géopolitique, ils doivent désormais se rendre à l’évidence qu’il n’en sera rien. Plus généralement parlant, au lieu de continuer à rester focalisés dans la confrontation avec les partisans de la multipolarité, les élites occidentales feraient bien mieux de s’occuper en urgence de leurs propres citoyens, qui ont en besoin plus que quiconque.

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