La Tunisie rend hommage à la première femme médecin du Maghreb

March 31, 2020

 

Alors que médecins et soignants sont en première ligne contre le Covid-19, la Banque centrale de Tunisie a mis en circulation son premier billet de banque à l'effigie d'une femme, le Dr Tawhida Ben Cheikh.

 

Elle est depuis vendredi 27 mars le visage du tout nouveau billet de 10 dinars soit environ 3 euros. Tawhida Ben Cheikh, éminente gynécologue et première femme médecin du Maghreb, voit son extraordinaire courage récompensé, près de dix ans après sa mort en 2010. C'est la première fois de son histoire que la Banque centrale de Tunisie met en circulation un billet de banque illustré par le portrait d'une femme.

 

La Tunisie, une histoire particulière des droits des femmes

Dans le monde arabe, la Tunisie s'est toujours distinguée des autres pays sur les questions portant sur les droits des femmes. Le responsable de cette « exception tunisienne » se nomme Habib Bourguiba. À peine au pouvoir, l'indépendance acquise, l'ancien président édicte le 13 août 1956 un Code du statut personnel (CSP) qui accordera aux femmes un certain nombre de droits. Il expliquera plus tard qu'il l'avait fait, entre autres raisons, en pensant à sa mère, qu'il avait vu usée par l'éducation de ses enfants et la tenue du foyer. Soixante-quatre ans plus tard, le pays s'est encore illustré dans ce domaine. « La docteure Tawhida Ben Cheikh a été choisie il y a un an pour lui rendre hommage et aussi pour rendre hommage à la femme tunisienne, particulièrement dans le secteur scientifique », a expliqué Abdelaziz Ben Saïd, haut responsable de la BCT. Il faut souligner que le contexte actuel de lutte contre la pandémie du Covid-19 est pour beaucoup dans l'accélération de la sortie d'un des billets les plus populaires de Tunisie. Au verso du nouveau billet de dix dinars, on retrouve une illustration de poteries et de bijoux berbères qui « rend hommage à la femme artisane », a encore précisé la Banque centrale. Une façon pour les autorités tunisiennes de « saluer les médecins et tout le corps médical » qui, comme ailleurs dans le monde, est en première ligne dans la lutte contre le nouveau coronavirus. La mise en circulation de cette coupure intervient au moment où « notre armée blanche est en première ligne dans la guerre contre le Covid-19 ». Un total de 227 cas ont été officiellement déclarés en Tunisie depuis début mars, dont 5 décès.

 

Mais qui était Tawhida Ben Cheikh ?

Née en 1909 dans une fratrie de quatre enfants de la grande bourgeoisie terrienne installée à Ras Jebel dans le Nord-Est, la jeune Tawhida perd son père alors qu'elle est encore toute jeune. C'est sa mère qui luttera contre les résistances familiales pour qu'elle étudie et devienne, en 1929, la première Tunisienne à obtenir le baccalauréat. Son diplôme en poche elle entame des études de médecine à Paris. Plus rien ne l'arrêtera. En 1936, elle revient en Tunisie mais alors que les autorités coloniales l'empêchent d'exercer dans le secteur public, elle ouvre un cabinet de pédiatrie à Tunis avant de se spécialiser en gynécologie. Son adresse ? le 42, rue Bab-Mnara, à deux pas de la Kasbah. Tout un symbole pour les femmes tunisiennes.

 

Une femme d'action discrète et engagée

Entre-temps, le docteur Ben Cheick s'engage dans la lutte féministe et participe, dès 1937, à l'action du Club de la jeune fille tunisienne et de l'Union des femmes musulmanes. C'est cette année-là qu'elle deviendra la première rédactrice en chef du premier magazine féminin tunisien édité en langue française Leila. Pendant ce temps, un autre membre de sa famille s'illustre sur le terrain du militantisme. Tahar Ben Ammar, son oncle, mènera, en tant que Premier ministre, les négociations pour l'indépendance de la Tunisie et ratifiera le protocole d'indépendance le 20 mars 1956. À l'indépendance du pays, Tawhida Ben Cheikh peut enfin s'engager dans le service public. De 1955 à 1964, elle dirige le service de maternité de l'hôpital Charles-Nicolle puis, jusqu'à sa retraite en 1977, celui de l'hôpital Aziza-Othmana, les deux principaux établissements de santé publique de Tunis. Tawhida devient aussi la première médecin femme à siéger au Conseil national de l'Ordre des médecins de Tunisie en 1959. En 1962, elle sera élue au poste de vice-présidente. Elle meurt en décembre 2010, à l'âge de 101 ans. La même année, la Poste Tunisienne lui avait rendu hommage en éditant un timbre à son effigie. Au-delà des frontières tunisiennes, la Mairie de Paris a rendu un vibrant hommage à cette femme d'action discrète avec la création d'un centre de santé à Montreuil appelé « Centre Tawhida Ben Cheïkh ».

 

 

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