COVID-19 : comment l’Afrique prépare la riposte économique

March 31, 2020

 

Les gouvernements africains ont besoin de financement pour mieux se préparer, riposter et se remettre plus forts de la pandémie du nouveau coronavirus.

 

Vers un gel du remboursement des dettes des pays africains ?

 

« L'Afrique, à l'image du monde, est gravement atteinte par la pandémie du Covid-19 qui va durablement impacter son économie », a alerté le président du Sénégal, Macky Sall, sur Twitter. Le chef d'État sénégalais a demandé aux partenaires bilatéraux et multilatéraux de l'Afrique d'accompagner la résilience du continent en annulant sa dette. Un appel qui trouve un écho favorable à la Cnuced, qui se dit « complètement d'accord ». 

 

Plus largement, l'agence onusienne souscrit aux mesures d'allégement de la dette car elle observait déjà bien avant le début de la crise du Covid-19 une aggravation de la situation d'endettement dans plusieurs pays africains et donc un alourdissement de la charge des services de la dette. En Afrique subsaharienne, le poids de la dette a plus que triplé, passant de 30 à 95 % du PIB. Or, pour l'agence onusienne, ces ressources, qui sont dédiées notamment au paiement d'intérêts de la dette, « sont plus précieuses et encore plus importantes pour les budgets nationaux ». Surtout que tous les pays devront faire face d'une part à l'augmentation des dépenses de santé et d'autre part aux besoins de simulation fiscale de leur économie, vu la décélération de l'activité économique internationale. Dans le même temps, la Banque mondiale et le FMI ont demandé aux pays du G20 d'alléger la dette des pays les plus pauvres. Les deux organisations multilatérales ont demandé surtout aux créanciers bilatéraux des pays les plus pauvres « de geler les remboursements de dettes » afin que ces pays puissent dégager de l'argent pour combattre la pandémie du nouveau coronavirus. Reste au G20 d'évaluer la situation pour faire la liste des pays dont le fardeau de la dette est insoutenable et pour travailler à une restructuration. Les pays concernés par l'appel de la Banque et du Fonds sont ceux qui sont éligibles aux critères de l'Association internationale de développement (AID), qui fait partie du groupe Banque mondiale. C'est le cas de bon nombre de pays africains. L'AID fournit de l'aide sous forme de prêts à taux zéro ou à très faible taux d'intérêt aux 76 pays les plus pauvres du monde. Elle accorde aussi de l'aide sous forme de dons. Au cours de l'année budgétaire 2019, qui s'est terminée au 30 juin, l'AID avait engagé 22 milliards de dollars, dont 36 % sous forme de dons, selon les chiffres de la Banque mondiale. Près de 80 gouvernements ont demandé l'aide du FMI pour lutter contre le virus. « Mais ce n'est pas le moment de mettre en place certaines conditionnalités. Il est important de garantir l'accès à ces fonds additionnels sans conditionnalité, notamment celles touchant à la libéralisation du commerce extérieur », a déjà averti la Cnuced alors que de nombreux pays africains ont gardé de mauvais souvenirs des plans d'ajustement structurels des années 1990.

 

Un plan d'urgence de 100 milliards de dollars

 

Les ministres des Finances africains sont convenus la semaine dernière que le continent avait besoin d'un plan de relance de 100 milliards de dollars – dont 44 milliards de dollars en dispenses de service de la dette – pour faire face au nouveau virus. Selon la Commission économique des Nations unies pour l'Afrique, le continent est à deux ou trois semaines du pire de la pandémie de coronavirus et a besoin d'un stimulus économique d'urgence de 100 milliards de dollars pour renforcer les mesures préventives et soutenir ses systèmes de santé fragiles. « Il y a une grande probabilité de récession », a déclaré le chef de la division macroéconomie et gouvernance de l'institution onusienne, Bartholomew Armah. Près de la moitié des fonds pourraient provenir de la renonciation aux paiements d'intérêts aux institutions multilatérales. « Bien que l'annulation de la dette soit une option, je pense que nous devrions rechercher des options plus immédiates et l'utiliser en dernier recours », a-t-il déclaré. « C'est plus qu'un argument moral. C'est un argument stratégique. » Cela donnerait aux pays l'espace budgétaire nécessaire pour imposer des mesures de distanciation sociale, élargir les filets de sécurité sociale et équiper les hôpitaux pour traiter les malades avant une recrudescence attendue des infections, a déclaré dans une interview à Bloomberg la secrétaire exécutive de la CEA, Vera Songwe. « Si nous voulons avoir une chance de combattre, nous en avons besoin immédiatement », a-t-elle déclaré. « Dans les deux à trois semaines à venir, si nous agissons de manière vraiment décisive, nous pourrons peut-être aplanir la courbe et puis, quand la tempête arrivera, ce ne sera pas aussi brutal que nous le voyons en Europe. Alors que l'Afrique représente 1 % des dépenses de santé mondiales, elle supporte 23 % de la charge de morbidité, dont des centaines de milliers de décès chaque année dus au paludisme, au sida et à la tuberculose. « Nos systèmes hospitaliers sont déjà si faibles et tellement stressés qu'un autre stress sur eux va les briser », a déclaré Songwe.

 

Afreximbank met la main à la poche

 

La banque africaine d'import-export (Afreximbank) a annoncé une facilité de 3 milliards de dollars, appelée Pandemic Trade Impact Mitigation Facility, pour aider les pays africains à faire face aux impacts économiques et sanitaires du nouveau coronavirus. Objectif : aider les banques centrales des pays membres et d'autres institutions financières à faire face aux échéances des paiements commerciaux et à éviter les défauts de paiement, a déclaré Afreximbank. Il sera également disponible pour soutenir et stabiliser les ressources en devises des banques centrales des pays membres, leur permettant de soutenir les importations critiques dans des conditions d'urgence. En outre, ce plan aidera les pays membres dont les recettes fiscales sont liées à des recettes d'exportation spécifiques, telles que les redevances minières, à gérer toute baisse soudaine des recettes fiscales résultant de la baisse des recettes d'exportation. Il fournira également des mécanismes de financement du commerce d'urgence pour l'importation de besoins urgents pour lutter contre la pandémie, y compris des médicaments, du matériel médical, des réaménagements d'hôpitaux, etc. La facilité sera disponible grâce à un financement direct, des lignes de crédit, des garanties, des swaps de devises et d'autres instruments similaires, selon la banque d'investissement. « Outre son effet inquiétant sur la vie humaine, la pandémie devrait coûter à l'économie mondiale jusqu'à 1 billion de dollars et entraîner une baisse significative de 0,4 % de la croissance du PIB mondial, qui devrait passer de 2,9 % en 2019 à 2,5 % en 2020 », a-t-il déclaré. « Une réponse financière rapide et percutante est nécessaire pour éviter une crise majeure en Afrique », a-t-il dit.

 

Les pêcheurs kenyans retrouvent le sourire

 

C'est une ruée de clients inattendue pour les pêcheurs kenyans des bords du lac Victoria. En effet, depuis le déclenchement de la pandémie du Covid-19, les clients évitent de plus en plus d'acheter les poissons congelés en provenance de Chine au profit de poissons fraîchement pêchés. Il faut savoir que le Kenya a acheté pour 23,2 millions de dollars de poissons congelés à la Chine en 2018, selon le Centre du commerce international, soit la quasi-totalité de ses importations de poissons. Les pêcheurs se plaignent depuis longtemps que les importations bon marché étouffent la pêche locale. Le coronavirus a ralenti les importations chinoises. Les clients se sont donc tournés vers le poisson local. Un kilo de perche du Nil auparavant vendu au détail à 250 shillings (2,16 euros) allait à 350 shillings (3,03 euros), ce qui représente une augmentation de 40 % des revenus des pêcheurs. Mais le Kenya sera bientôt confronté à des pénuries, à moins que les importations en provenance de Chine ne reprennent, car le pays produit à peine un peu plus du tiers de ce qu'il consomme. Selon les médias locaux, la plage enregistre chaque jour entre 1 et 1,5 tonne de poissons et les ventes sont passées de 50 à 90 % au cours des deux dernières semaines. 

 

Le secteur pétrolier nigerian bouleversé

 

Au Nigeria, le régulateur pétrolier a ordonné aux sociétés pétrolières et gazières de réduire leur main-d'œuvre offshore pour tenter d'arrêter la propagation de la maladie sur les plateformes. Selon une circulaire consultée par Reuters, un cas de coronavirus sur une plateforme offshore pourrait se propager rapidement parmi les travailleurs et avoir un impact potentiellement dévastateur pour le premier producteur de pétrole du continent, qui tire 90 % de son budget des revenus de l'or noir. Sarki Auwalu, directeur du département des ressources pétrolières, a déclaré que seul le personnel affecté à des tâches essentielles serait autorisé à se rendre à l'étranger ou dans des endroits éloignés. « Le personnel non essentiel actuellement sur les sites offshore/éloignés devrait être retiré avec effet immédiat », a-t-il déclaré dans un communiqué. Les prix du pétrole ont chuté des deux tiers depuis le début de l'année, ce qui a contraint le Nigeria à réduire son budget et incité les compagnies pétrolières à réduire leurs plans de dépenses.

 

L'Afrique du Sud bientôt secourue par le FMI ?

 

Ce sont trois mots qui font trembler toute la sphère économique et financière du pays : Fonds monétaire international. Autrefois impensable, le ministre des Finances, Tito Mboweni, a déclaré au journal Sunday Times que l'Afrique du Sud pourrait s'adresser au Fonds monétaire international et à la Banque mondiale pour obtenir des fonds alors que l'économie s'effondre suite à l'impact de la pandémie de Covid-19. Il faut souligner que l'ANC a une histoire difficile avec les bailleurs internationaux. La Banque mondiale et le FMI ont joué un rôle clé dans l'orientation de la politique économique de l'ANC dans les années 1990. Conformément aux recommandations des deux institutions, l'ANC avait opté en 1994 pour une politique de réforme agraire axée sur le marché, ce qui a restreint le rôle de l'État. C'est-à-dire que l'État a privilégié et protégé les intérêts des clients disposés à acheter les terrains au détriment des personnes dépourvues de terres. Résultat : la réforme agraire orientée vers le marché n'a redistribué que 7 % des terres agricoles. 

 

Alors que le pays se débat encore aujourd'hui avec cette épineuse question, le ministre a expliqué : « Si nous nous adressons au FMI, à la Banque mondiale ou à la Banque de développement, ce ne sera que si nous manquons de financement pour les interventions de santé. C'est tout », a tenu à préciser le ministre. Trop tard, car la nouvelle s'est rapidement répandue dans la presse nationale, suscitant de nombreuses inquiétudes. Déjà malade, l'économie sud-africaine connaît un fort ralentissement de son économie alors que le pays est entré en confinement. Sitôt confirmée l'ampleur de la crise sanitaire mondiale partie de Chine, les clignotants des entreprises sud-africaines sont tous passés de l'orange au rouge. Au cours d'un échange avec plusieurs pays africains, la Banque mondiale et le FMI ont annoncé mercredi 25 mars, deux plans de sauvetage économiques pour le continent. Les institutions de Bretton Woods ont affirmé qu'elles étaient disposées à repousser les échéances de remboursement des dettes. Ensuite, les deux banques vont accorder des financements pour les urgences sur demande des pays intéressés. Objectif : atténuer les impacts négatifs du Covid-19 sur l'économie. Reste à savoir si le FMI ou la Banque mondiale seront prêts à venir en aide à un pays qui tourne au ralenti depuis la crise financière mondiale de 2008, victime d'une croissance molle, d'un fort endettement et d'un taux de chômage endémique. La mauvaise gestion et la corruption qui ont caractérisé le règne de l'ex-président Jacob Zuma (2009-2018) ont mis en sérieuses difficultés ses entreprises publiques. Et, tout récemment, le FMI réclamait encore « la mise en œuvre de réformes structurelles », seul moyen pour relancer « durablement l'investissement et l'inclusion » sociale.

 

Le Ghana va connaître la croissance la plus faible de son histoire

 

Le ministre des Finances du Ghana, Ken Ofori-Atta, a abaissé les prévisions de croissance économique du pays pour 2020, au plus bas depuis trente-sept ans en raison de l'effondrement des prix du pétrole et de l'impact du coronavirus. La croissance du produit intérieur brut pourrait ralentir à 1,5 % avec un verrouillage partiel de l'économie et pourrait « s'aggraver davantage », a déclaré lundi Ofori-Atta face aux députés dans la capitale, Accra. Il faut dire que le gouvernement tablait sur une croissance initiale de 6,8 %.

 

C'est le plus fort ralentissement que vit le pays depuis 1983, lorsque la nation ouest-africaine était sous domination militaire, selon les données du Fonds monétaire international. Le virus met un terme brutal à trois années d'expansion du PIB au-delà de 6 %. Le gouvernement s'attend à un déficit de 5,7 milliards de cédis (989 millions de dollars) des recettes pétrolières et les recettes fiscales pourraient aussi faire défaut, a déclaré Ofori-Atta. Et le Ghana prévoit même de faire appel au FMI dans le contexte actuel. Les mesures comprennent un report des paiements d'intérêts sur les obligations non négociables et l'obtention d'une facilité d'urgence du FMI de 3,1 milliards de cédis. Le gouvernement proposera également une modification de la législation pour permettre d'emprunter jusqu'à 10 % des recettes fiscales de l'année précédente à la banque centrale « en cas de conditions de financement difficiles ». Le pays a enregistré 152 cas confirmés et 5 décès depuis la première détection de la maladie le 12 mars.

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